On y parle de margotats: "octroi à Choisy 2 livres pour deux margotats", de toues: "remonte les toues par le coche 60 # pour trois toues", (il s'agit ici de grosses barques -voir les toues de la Loire- plutôt que de toueurs à moteur, tractant des chalands grâce à une grosse chaîne immergée); de bachots: "montage du bachot par le citoyen Bouffé 12 livres 12 s", de coches d'eau de Nogent, de Montereau, d'Auxerre au Quai Bernard ou de retour en patache, de lâchage des bateaux sous les ponts de Paris, de passeur à Thomery, de journées d'homme à 3 francs plus pour boire aux hommes 1 F, de panières de raisin chargées en plus du bois, et d'incidents: "donné à la Cave pour un coupe de chevaux pour avoir araché la tout de desur le sable"

On y liste de nouveaux voituriers et marchands de bois:
Barbizon, commune de Chailly : Bellons, Alexandre Fouchet (père et fils), Marnault (Marneau)
Bois le Roy ou Bois la Nation : Laurent Lécuyer, François Joret ou Jauret
Bourron : Jean Pierre Prévot, Nicolas Jules Gillet, Germain Balloyer, Germain ?, Germain Larpenteur et Legendre pour le compte de Gillet , François Vachet (Vachez), Etienne Pouinsard, Jean Marchand, Déchand, Charles ( vidage de Franchard et autres lieux)
Brolles: Jacques Marie Rozé
Ponthierry : Petit
Fontainebleau: Dauphin , Jean Baptiste Lariotte et son voiturier (Canton d'Hurÿ, la mare aux corneilles), Courgeot, Charles Delorme, Canteaux (Quantaut) chartier du citoyen Poussaint (Poussin), Paradis, Lacour, Jacques Henry, Grison chartier du citoyen Louis Legros, Caurré , Martin ou Martain chartier de Fayard (ou Feuillard) marchand de bois, Jacques voiturier du citoyen Augé (Ogé, Auger)
Samois: Etienne Fleury
Thomery, Effondré : Benoît Maria (t) , Armand Prunier ou Pruneau, Claude Baubé
Valvins : Etienne Lacour
A préciser : Bauché, Alexandre Coqueret, citoyen Bouffé, Etienne Benoist

D'autres marchands de bois de Fontainebleau avaient été révélés dans une liasse des Archives AD77 1187 F 3: Gilles Gournay "marchand de bois pour la provision de Paris" demeurant à Fontainebleau, achat de terres au lieu-dit l'Ortie à Fontainebleau, sur Guillaume Launoy, voiturier par terre en 1740.
Dominique Payen, marchand de bois et plâtrier de Fontainebleau (1732/1750)
Charles Pillé "marchand de bois pour la provision de Paris" acquisition d'une terre au lieu-dit l'Ortie, rue Neuve Saint Méry à Fontainebleau , sur Jacques Bidault...

Les voituriers retrouvés semblent n'avoir aucun rapport avec les Thiérachiens: pas de nom commun avec la liste des voituriers du Hainaut connus. Poinsard, Gillet, Joret, Marchand, Lécuyer, Fouchet... sont nombreux autour de Fontainebleau, plus particulièrement à Bourron. Certains sont liés par des mariages. Il semble donc que ce soient des voituriers locaux.

bois tort ou courbe

Ces documents ont peut être été conservés car ils concernaient des bois pour la marine ex-royale dans ces années révolutionnaires.
"Ces bois sont répartis en quatre catégories: bois droits pour la charpente, grosses pièces qui portent l'ensemble des autres; bois torts ou tordus pour les pièces courbes -naturelles ou presque- qui constituent la membrure; bois courbes et contrecourbés, coudés artificiellement afin d'assurer la liaison entre deux pièces et leur étayement; les bois de bordage, enfin, pour les fonds, les bords et les doublages. "
Duhamel Du Monceau: Elémens de l'architecture navale 1758

Les bois voiturés jusqu'aux ports sur la Seine étaient qualifiés de "courbes": "Constructions navales, Fontainebleau, le six thermidor an XI. Laissez-passer librement et franchement, sauf le compte à faire avec la République, le citoyen Gillet, voiturier à Bourron, chargé de dix sept morceaux courbes, pour être rendus au port de Valvin et venant du Canton d'Hurÿ, deux voiture attelée de trois chevaux. Les Inspecteur et Sous-Inspecteur de forêts de l'arrondissement de Fontainebleau."

Le trafic était intense: un "état des voitures passées à la barrière de Valvins chargées de bois courbes " (du 12 au 26 Messidor an XI) note le passage d'environ 15 voitures par jour, attelées de deux chevaux, en moyenne, donc bien différentes des voitures de débardage des Thiérachiens attelées de six chevaux. Pour chaque cheval était perçu un octroi de 10 centimes, ainsi le 24 messidor, on voit passer: Auger, 2 voitures, 6 chevaux payant 60 c; Poussin, 2 voitures, 2 chevaux, 20 c; Gillet, 5 voitures 10 chevaux 1 F ; Dauphin 2 voitures 4 chevaux 40 c, Lariotte 4 voitures 10 chevaux 1F; Fayard 4 voitures 6 chevaux 60 c (total de la période: 389 chevaux)

A noter: l'année de l'acte n'est pas inscrite sur le document, cependant, on peut la déduire des jours où le trafic a été inexistant, dans ce décompte des jours ouvrés. Pendant la période révolutionnaire, on pourrait imaginer qu'ils revenaient tous les "décadis", cependant le rythme constaté est celui de l'ancienne semaine de sept jours. Pas de trafic le 14 et le 21 messidor qui correspondaient à un dimanche pour l'an XI, juillet- août 1803 et non l'an XII .
On mesurait encore en arpents, on calculait encore en livres, sols et deniers (voir plus haut le montage du bachot par le citoyen Bouffé 12 livres et 12 sols), et malgré la poésie du calendrier révolutionnaire, le temps était encore ryhtmé par la semaine de sept jours. Les termes du compte des voitures à Valvins sont calés sur le début d'un mois le 12 messidor an XI équivaut au premier juillet 1803, la fin sur une fête religieuse - et le 26 messidor est la veille du 15 août).

Planche de l'Encyclopédie: Marine, chantier de contruction

Ces voituriers de la forêt de Fontainebleau transportaient des pièces de bois courbes, comme on peut en voir sur cette planche de l'Encyclopédie montrant un chantier de contruction marine. La courbure naturelle des arbres avait été forcée à l'aide de cordages pour leur donner la forme idéale. Ces bois courbes étaient l'objet d'une surveillance particulière d'où ces imprimés, ces rôles de pointage des voitures qui ont été conservés.
Pour revenir au sujet de cette page: quels étaient les ports fréquentés par les voituriers? On a des réponses dans le dossier des archives. Sont cités: le port et l'octroi des voitures à Valvins, le port de la Cave à Bois le Roi (emportés par l'habitude, c'est le nom qu'ils donnent quelquefois à Bois la Nation), le port d'Effondré à Thomery, ceux de Ponthierry et Sainte Assise, sur l'autre rive. Avant d'arriver à Paris, les bateaux devaient payer l'octroi à Choisy (surtout pas le Roi ! Révolution oblige!) A Paris sont cités les ports des Invalides, de l'Ile du Cygne, du Pont de la Tournelle, la flottille des Invalides pour les bois; et le coche d'eau remontant du Quai Bernard (surtout pas Saint Bernard !)

voir le plan des ports au bois de Paris, page précédente

Ne sont cités ici que les ports au bois que j'ai découverts dans les documents d'archives. Il en était bien d'autres, tant pour les voyageurs que pour les marchandises: trente neuf lieux pour la Seine dans sa traversée du département en 1874, recensés par le Groupement de Recherches Archéologiques Subaquatiques. Ainsi "à Montereau, on ne comptait pas moins de douze ports au milieu du XIX° siècle chacun spécialisé dans des activités d'entreposage, construction de bateaux, escale de coches, blanchisserie etc." Philippe Bonnin: La Haute-Seine, géographie, histoire et technique.

Liste des ports sur la Seine dans la traversée du département

De nombreux voituriers en bois sont révélés par une liasse des Archives départementales concernant la forêt de Fontainebleau, années XI et XII du calendrier républicain. AD77 7 Mp 361

On y découvre des documents sur l'organisation rigoureuse et le contrôle du transport de bois particuliers: "Etat des courbes envoyées au chantier de Paris pour la construction des chaloupes canonnières par les officiers forestiers de l'Inspection de Fontainebleau; état des journées que je paye pour le chargement des bois pour les chaloupes canonière; compte de Benoît Maria du port d'Effondré jusqu'au port des Invalides ou port de l'Ile du Cygne ou pont de la Tournelle. Et des imprimés: laissez passer pour des morceaux courbes... constructions navales, Fontainebleau; chantier de Paris, réception des bois de contructions navales; billet du coche d'Auxerre pris au Quai Bernard, an XI; octroi de navigation à Choisy etc..."

allégorie de Messidor

Quelques voituriers
en forêt de Fontainebleau

 
  Dossier "thiérachiens": chemins de la forêt aux ports
  Page de choix des documents