Les deux vies des frères Grandjean
propriétaires des Moulineaux

Les propriétaires des belles demeures et des vastes fermes de la Chapelle Rablais n'étaient jamais originaires du village. Bien souvent, ils résidaient à Paris et achetaient des domaines pour le plaisir de la chasse, ou comme investissement, ou encore, sous l'Ancien Régime, pour pouvoir accoler à leur nom, celui d'un fief, petit pas vers l'anoblissement. C'est ainsi que l'on vit deux frères acquérir la ferme des Moulineaux. Si leur vie publique fut exemplaire, leur vie privée tient plus des "Infortunes de la Vertu" que de la "Veillée des Chaumières". Nous l'allons voir tout à l'heure...
Leur passage à la Chapelle Rablais n'a pas laissé beaucoup de traces dans les archives du village, tout au plus une mention, lors du décès d'un terrassier, le vingt germinal an II: "mort à son ouvrage auprès de la ferme des Molinot (+ en marge: travaillant) pour le citoyen Gran Jean propriétaire de ladite ferme" AD77 5 Mi 2829 La chance a voulu que je signale cet accident, car je m'étais penché sur le fermier de l'époque, François Vincent, originaire de Bourgogne. La chance a continué quand un correspondant a relevé cet acte, bien caché au fond d'une page de documents sur les Bourguignons à la Chapelle Rablais, possibles concurrents des voituriers thiérachiens qui y travaillaient. Après un échange de courriers et de documents, de part et d'autre, et quelques recherches complémentaires, me voici plus savant sur les Grandjean, et prêt à partager.
Merci encore !
"Grandjean (Henri), chirurgien oculiste, né au village de Blégné, commune de Trembleur, comté de Dalhem, le 23 décembre 1725, d'un père, chirurgien distingué, qui lui donna les premiers éléments de son art. Grandjean vint à l'âge de 17 à 18 ans faire ses cours à Paris, et entra à l'Hôtel-Dieu, comme gagnant maîtrise, en 1752, sous le célèbre Moreau, dont il se fit remarquer par son aptitude et ses dispositions. Il s'adonna particulièrement à la chirurgie oculaire, et devint l'élève et l'ami du savant Daviel, qui le premier a fait l'opération de la cataracte par extraction. Grandjean la simplifia, et fut le premier qui fit l'extraction de la membrane cristalline sans extraire le cristallin. Ses qualités personnelles et ses talens extraordinaires lui attirèrent la confiance de ses maîtres, l'estime et l'amitié de tous ceux qui le connaissaient. Il devint l'ami intime de La Martinière, premier chirurgien du roi, qui le fit connaître à Louis XV. Ce monarque le nomma son chirurgien ocultiste et celui de toute sa famille. Il fut continué dans les mêmes fonctions par Louis XVI, qui le décora du cordon de l'ordre de St. Michel, en récompense des services qu'il rendait à l'humanité. Une circonstance, à laquelle cette nomination donna lieu, prouve combien Grandjean avait de déférence et de vénération pour celui à qui il devait ses premières leçons. Aussitôt qu'il eut reçu le cordon, il partit pour Versailles, où il arriva avant le retour du courrier; et s'adressant d'abord à la Martinière, il lui observa qu'il ne pouvait porter le cordon noir avant que M. Moreau, son ancien maître et son ami en eût été décoré. M. La Martinière l'approuva et l'accompagna chez le roi, à qui M. Grandjean dit avec sa franchise ordinaire: "Sire, vous avez eu la bonté de m'envoyer le cordon de l'ordre de St. Michel, mais j'observe à votre majesté que le célèbre Moreau n'en est pas encore décoré, et qu'il m'est impossible de le porter avant lui." Le roi admirant cette délicatesse, lui promit que la première nomination serait pour lui: ce qui se réalisa en 1782. C'est par lui que le collège de chirurgie fut ouvert. Grandjean fit avec succès trois opérations de cataractes à trois aveugles-nés, conjointement avec son frère Guillaume. Ces enfans furent présentés au roi, qui leur fit donner à chacun 25 louis. Grandjean a donné la lumière à 114 aveugles-nés, et traitait gratuitement les pauvres deux fois par semaine, et même tous les jours, lorsqu'il s'agissait de maladies graves. Il a laissé différentes pommades très-précieuses pour les maladies des paupières. Il est mort à Paris en 1802, âgé de 78 ans. On lui doit un "Recueil inédit d'observations". Il a laissé pour son successeur M. Masson-Grandjean, son élève et son parent.

Grandjean (Guillaume), frère puîné du précédent, mort le 28 octobre 1796 à 66 ans, apprit de son frère les premiers élémens de son art, l'exerça concurremment avec lui, et y acquit aussi, à l'aide de ses conseils, beaucoup de réputation. Il avait été nommé son survivancier, en 1782, par Louis XVI." Biographie Liegeoise 1837

Dans différents documents, le lieu de naissance des frères Grandjean peut être Blégné, commune de Trembleur, comté de Dalhem, Housse, pays de Liège, Saive paroisse de St Rémy au duché de Limbourg, Sèves pays et diocèse de Liège, qui ne sont que diverses appellations de hameaux de la commune actuelle de Blégny, en Belgique, naissances confirmées par les registres paroissiaux. Retenons simplement, pour plus tard, que les Grandjean étaient frères, oculistes et originaires de la province de Liège...
A 21 ans, Henri Grandjean figure déjà dans l'Etat pour la maison du Roi du 1° juin 1766, parmi le nombreux personnel médical: "opérateur oculiste" doté d'une petite pension de 300 livres, pas plus qu'un "galopin" et moins qu'un "servant panetier". Il gagnera peu à peu la confiance des rois Louis XV puis Louis XVI.
Laissons donc la parole à ce dernier, en 1786: "Il s'est acquis une grande réputation par des cures célèbres qu'il a opérées que le feu Roi, notre très honoré seigneur et aïeul, le fit appeler auprès de sa personne pour le traiter d'une inflammation à l'oeil, et la satisfaction qu'il eut de ses soins le détermina à le nommer son chirurgien oculiste; nous lui avons conservé la même place et il l'occupe également auprès de nos très chers et aimés frères et soeurs Monsieur, Madame; le comte et la comtesse d'Artois, dont il a mérité à juste titre la confiance dans différentes circonstances où il a été appelé auprès de leurs personnes... nous sommes assuré qu'il a constamment donné des soins charitables et gratuits au soulagement des pauvres et des malheureux."
Henry Grandjean avait atteint une telle renommée que Voltaire le cita dans une lettre de 1771 destinée à l’archevêque d’Aix-en-Provence: "Est-ce l’oculiste Grandjean, ou moi aveugle qui me trompe ? ... vous voulez me dessiller les yeux... permettez moi de vous en remercier, et de vous assurer que j’ai les yeux fort ouverts quand il s’agit de rendre justice à vôtre mérite..."
En mars 1786, Henry Grandjean obtient la nationalité française: "Il nous a très humblement fait supplier de lui accorder les lettres de naturalité qui lui sont sur ce nécessaire. A ces causes voulant favorablement traiter l'exposant nous l'avons de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale reconnu tenu censé et réputé et par ces présentes signées de notre main le reconnaissons, tenons, censons et réputons pour notre vrai et naturel régnicole voulons et nous plaît que comme tel il puisse s'établir et demeurer à Paris et dans tels autres lieux de notre royaume que bon lui semblera, qu'il jouisse des privilèges franchises et libertés dont jouissent nos vrais et originaires sujets et régnicoles..." J'arrête ici cette interminable phrase courant sur 25 lignes...
Le même mois, le voici anobli: "Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à tous Présents et à venir Salut : nous avons toujours accordé une protection particulière à ceux de nos sujets qui par la supériorité de leurs talents se sont rendus recommandables dans l'état qu'ils ont embrassé et la marque la plus précieuse que nous ayons pu leur donner de notre estime, a été de les faire jouir des privilèges de la noblesse. Notre cher et bien aimé Henry Grandjean de Haute Borne, notre chirurgien oculiste nous a paru digne de cette prérogative..." Puis le roi vante les mérites de son oculiste, comme nous l'avons vu plus haut.
Comme le précisait la "Biographie liégeoise", il avait déjà été décoré du cordon noir de l'ordre de Saint Michel: "Sire, vous avez eu la bonté de m'envoyer le cordon de l'ordre de St. Michel, mais j'observe à votre majesté que le célèbre Moreau n'en est pas encore décoré, et qu'il m'est impossible de le porter avant lui." "Cet ordre prestigieux est bien déchu de la considération dont il jouissait jusqu'au milieu du XVIe siècle. À partir du règlement de Louis XIV du 14 juillet 1661 et des nouveaux statuts du 12 janvier 1665, l'Ordre est décerné plus particulièrement à des écrivains, artistes et magistrats... Au XVIIIe siècle, la très grande majorité des chevaliers de Saint-Michel sont des anoblis, aussi ils bénéficient lors de leur réception d'une dispense du roi pour les deux degrés qui leur manquent. Il arrive aussi assez souvent que le roi nomme dans l'ordre des roturiers ; avant leur réception, ceux-ci doivent alors obtenir un anoblissement, et bien sûr une dispense de deux degrés de noblesse." Wikipédia
S'il faut en croire la "Biographie liégeoise" qui recopia presque mot pour mot le "Dictionnaire universel, historique, critique, et bibliographique", de Louis Mayeul Chaudon, il semblerait que l'on ait mis la charrue avant les boeufs: cordon de St Michel avant 1782, anoblissement en 1786... A moins que ces dictionnaires biographiques ne soient pas infaillibles.
Avec la renommée vint l'aisance. Les frères Grandjean habitaient ensemble une maison qu'ils achèteront plus tard rue Galande.
Ils investirent en 1766 sur le "Boulevart Neuf" qui s'appellera plus tard Montparnasse, en signant un bail pour 99 années avec les prêtres de l'Oratoire, propriétaires, de même que les Chartreux, d'un gros patrimoine immobilier, dans ce quartier presque vierge de constructions.
(Institution des PP de l'Oratoire, face à l'Observatoire)
Les frères Grandjean acquirent, à la Chapelle Rablais, le domaine des Moulineaux et les terres de la Haute Borne, ce qui justifie leur présence sur ce site. On ignore qui les orienta vers ce petit village de la Brie, peut être rencontrèrent-ils à Versailles Charles de la Brière, seigneur des Moyeux qui se disait: "Gentilhomme servant de son altesse sérenissime Monseigneur le duc d'Orléans". Les Grandjean étaient familiers de ce prince qui n'était autre que "Monsieur", frère du roi Louis XVI et futur Louis XVIII. (à noter que le libraire dont il sera question plus loin en était aussi un proche puisqu'il était "libraire de Monsieur")
Je choisis de ne pas faire figurer de vue actuelle de la "Villa Putois", demeure bourgeoise de la ferme des Moulineaux, car elle n'a plus aucun rapport avec ce qu'ont pu connaître les Grandjean. Sur le plan cadastral de 1832, on découvre une grosse ferme à cour carrée qui ressemblait peut être à celle peinte par Lépicié (peintre que l'on retrouvera aussi plus loin).
Henry de Grandjean était qualifié de "Seigneur de Haute Borne" car il avait aussi acquis les terres du lieu-dit la Haute Borne, à la Chapelle Rablais, fief sans maison ni habitant, simple lieu dit, dont le nom, comme celui de la Pierre du Compas, évoque la trace d'un passé oublié. Quoiqu'il en soit, la justice du seigneur de Haute Borne ne devait s'étendre que sur deux taupes et trois lapins.
L'acquisition d'un fief était une "savonnette à vilains", autrement dit un premier pas vers un anoblissement tant souhaité par la bourgeoisie: "À la mort de son père, le jeune Salomon acheta, suivant l'expression du temps, une savonnette à vilain, et fit ériger en baronnie la terre de Villenoix, dont le nom devint le sien." Balzac, Louis Lambert 1832 En avait-il vraiment besoin, lui qui bénéficiait des bonnes grâces du roi? Cependant, le nom "Grandjean de Haute Borne" sonne mieux que son patronyme de naissance.
On peut s'étonner qu'en 1787, à si peu d'années de la Révolution française, ces vieilles pratiques qui sentaient le Moyen Age aient encore eu cours. Qu'un bourgeois de Paris ait pu prétendre à des droits de basse et moyenne justice sur un territoire qui lui était étranger... C'est pourtant ce que révèle cet acte d'inféodation passé à Paris, devant le notaire Dosne, entre les deux frères Grandjean et le marquis de Guerchy, seigneur de Nangis et autres lieux, dont la Chapelle Rablais:

Par devant les conseillers du Roi notaires au Châtelet de Paris soussignés, fut présent haut et puissant Seigneur Anne Louis de Regnier marquis de Guerchy mestre de camp commandant du Régiment d'Artois d'infanterie, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis, lieutenant des chasses de sa majesté en la Capitainerie de Fontainebleau, demeurant à Paris en son hôtel cul de sac Férou quartier Saint Germain des Prés, paroisse Saint Sulpice.
Lequel a par ces présentes inféodé avec toute garantie en faveur de maître Henry de Grandjean, Chevalier de l'ordre du Roy et du Saint Empire Romain, Seigneur de Haute Borne, chirurgien oculiste du Roi et de la famille royale du Collège royal de Chirurgie, conseiller intime de Son Altesse le Prince Evêque de Liège, et de Maître Guillaume de Grandjean chevalier du Saint Empire Romain, chirurgien oculiste du Roi et de la famille royale, conseiller intime de Son Altesse le Prince Evêque de Liège demeurant ensemble rüe Galande paroisse Saint Etienne du Mont, tous deux frères, à ce présent et acceptans acquéreur pour eux, leur héritiers et ayans cause.
Un canton de terrein situé et attenant la ferme des Moulineaux appartenant à mess. S. de Grandjean, borné du levant et du midy par le chemin de la Chapelle à Nangis, du nord par les terres de Trévoix, et du couchant par le chemin de la Chapelle à la ferme du Ru, et dans lequel canton se trouvent les bâtimens qui composent la ferme des Moulineaux, duquel canton il a été fait un plan sur une demie feuille de papier comme il demeure cy annexé après avoir par les parties signé et paraphé en présence des notaires soussignés.
Ainsy que ce canton de terrein se poursuit et comporte sans aucune réserve, et faisant partie de l'ancien Domaine et Seigneurie Duclos appartenant audit Seigneur Marquis de Guerchy.
Plus mondit Seigneur Marquis de Guerchy a ceddé et concédé à Mess. Sieurs de Grandjean ce acceptant comme dessus, le droit de Chapelle en l'enclos de leur ferme des Moulineaux pour la faire construire et édifier par eux de la manière et ainsy qu'ils aviseront.
Pour par Mess. S. De Grandjean jouir faire et disposer dudit droit d'Inféodation et droit de chapelle en toute propriété comme bon leur semblera et de chose leur appartenant à compter de ce jour.
La présente inféodation et concession de chapelle est faite à la charge par M. S. de Grandjean, de tenir le tout avec droit de moyenne et basse justice, en fief relevant du Marquisat de Nangis et outre moyennant la somme de six cent livres francs denier audit seigneur marquis de Guerchy qui reconnoit avoir reçu ladite somme en espèces sonnantes et ayant cours comptées nombrées et réellement délivrées à la vue des notaires soussignés par M. S. de Grandjean dont il est content les en quitte et décharge de toute chose à cet égard.
C'est ainsy que le tout a été convenu et pour l'exécution des présentes les parties ont élu domicile en leurs demeures susdites auxquels lieux nonobstant promettant obligeant renonçant fait et passé à Paris en l'étude, l'an mil sept cent quatre vingt sept le seize février après midy et ont signé ces présentes où deux mots sont rayés comme nuls.

Texte de l'acte d'inféodation et plan

 

Une autre histoire des frères Grandjean fut relatée, non par le Roi qui espérons-le, ignorait cette double vie, mais par l'écrivain des nuits parisiennes de la fin du XVIII° siècle, Nicolas Restif de la Bretonne (encore un qui a accollé un nom de lieu à son nom de famille).
Dans un format de poche, propre à être mis sous le manteau, Restif, surnommé le Hibou, a publié en douze volumes "L'année des dames nationales", trois mille huit cent vingt cinq pages d'anecdotes croustillantes, avec le "gimmick" de les exposer par mois (un volume correspondant à un mois) et par contrée de France. Le procédé est artificiel car les pages où l'on reconnaît les Grandjean sont censées décrire "Saintsever de Rustan, sur l'Arros, à 2 lieues de Tarbes", à la date du 20 juin.

Restif connaissait bien la maison des Grandjean, rue Galande, il y fit plusieurs fois référence: "Je me mis en pension chez Bonne Sellier, femme d'un compagnon imprimeur à la presse... La maison était celle de Sophie Grandjean, dite la Belle Pâtissière... Mlle Zoé, qui occupait alors le troisième étage de la maison Grandjean. etc..." Il a eu sous les yeux les protagonistes de la nouvelle qui suit; on pourra les reconnaître avec force détails, une fois les masques tombés.

On avait vu, plus haut que les Grandjean étaient frères, oculistes et originaires de la province de Liège, avec le cordon de St Michel. Dans l'Année des Dames Nationales de Restif de la Bretonne, on découvre dans "Sanseverote Rustane batarde filleule maîtresse", des Petitjean, frères, oculistes et originaires de la province de Liège, avec le cordon de St Michel...

Sanseverote Rustane batarde filleule maîtresse

Saintsever de Rustan, sur l'Arros, est à 2 li. de Tarbes.

Deux célèbres Oculistes, originaires de Liége, nommés Petitjean, s'étaient établis dans cette Ville du Bigorre. Ces 2 Hommes avaient pris chés eux, pour gouverner leur maison, la jeune Epouse d'un Mercier ruiné. Elle était jolie, c'est à dire, rouge comme une pomme-de-chataigner, et ayant l'embonpoint d'une citrouille. Les Petitjean firent leur maîtresse de mad. Hochin, ét ils en eùrent une Fille, qu'ils nomèrent Henriette- Hochin.

Ils l'élevèrent chés eux, mais la mirent au Couvent pour faire sa 1re comunion: ce qui Lui donna un petit air Demoiselle. A 16 ans, aubout de 6 mois de couvent, Henriette revint à la maison paternelle, grande, formée, appétissante. Le plûs jeune des Frères, qui était en- même- temps celui qui avait le plûs de mérite, fut ébloui par les atraits naissans d'Henriette. Ses vives couleurs, son oeil noir, sa gorge superbe, son tour voluptueux alumèrent ses desirs. Il convint, avec son Frère- aîné, qu'elle lui serait devolue. Il la seduisit donc et fut même tenté de l'épouser, mais il la surprit en infidélité avec son Frère; ce qui tempéra sa passion. Petitjean fut appelé à Paris, pour traiter Josef-II qui avait la vue tendre: il mena Henriette avec lui. Ce fut là que Petitjean cadet fut seduit par une Femme- de-qualité, qui voulant s'attacher; cet habile Homme, l'enchaîna par des faveurs. Il fut dabord amoureux: Mais biéntôt, il fut mené, maîtrisé: La Comtesse devint jalouse d'Henriette; elle exigea qu'elle fût renvoyée en Bigorre, Ou dumoins mariée sur- lechamp. Petitjean encore épris, ét craignant d'être desservi par une Femme très- repandue, lui dit alors, que c'était sa fille. -Fille ou non! nous sommes bién à cela près, aujourd'hui: J'ai un Cousin établi en Amerique qui a pour concubines 12 de ses filles naturelles, ét 72 qu'il a eùes, ont toutes passé par son lit avant de se marier à des Colons. Petitjean consentit à marier Henriette. Il se présenta à un Libraire de Paris, originaire de Verdun- 3- Evèchés, nommé Jeansucre, sans doute parcequ'il étoit du pays des dragées...
... Henriette ... n'eut plus de retenue; elle se blasa, ét ne trouva plus de ragoût, que dans un devergondage sans frein... se donner à un Moine, ou à certain Conseiller au Chàtelet dont le nom est le dernier des titres avant Châtelain... ... (Le libraire ) déclara sa faillite. Il imprima ensuite un journal artistocratiq. Finalement il porta la démence jusqu'à commettre un crime- de- lèse- Nacion, qui l'a conduit à l'échaffaud... Pendant qu'il était en prison, ce Monstre femelle continuait de catiner... Au moment que son mari était dans les angoisses de la mort, Henriette le 1 avril 1791, donnait des poissons-d'avril à des Commis- de-Librairie...

L’Année des dames nationales, ou Histoire jour par jour d’une femme de France, 1791-94 // 20 juin // pages 1793 à 1796

Sur ce site: les frères Grandjean et leur famille chez Restif de la Bretonne, textes des nouvelles

Je ne vais pas jusqu'au bout de cette nouvelle qui ne fait franchement pas partie des oeuvres impérissables de la littérature française. Dans les deux pages suivantes, étaient intercalés quelques paragraphes à propos du ridicule du nom "Jeansucre", d'autres encore sur l'inconduite d'Henriette avec des moines, des commis, un passant, un conseiller au Châtelet , un "Garson- de- boutique"...
La nouvelle se termine sur la nécessité d'ôter à Henriette Hochin, veuve Jeansucre, la garde de son fils "car l'enfant, malgré sa mauvaise éducacion, promettait beaucoup."

On peut avoir une idée des remèdes prescrits en ophtalmologie par une ordonnance de 1812, prescrite par l'héritier de leur savoir, Jean Baptiste Masson Grandjean, "élève et parent":
" Mon avis est qu'il se fasse appliquer 10 à 12 sangsues à l'entour de l'anus. Quand elles seront tombées, il se mettra dans de l'eau chaude pour exciter le sang à couler pendant une demi-heure.
Il boira le matin des bouillons amers pendant 9 à 10 jours à jeun faits avec : bourrache, buglosse, scolopendre, chicorée sauvage, cresson d'eau et cerfeuil, et un quarteron de veau coupé par morceaux par pinte. On ajoutera XXIV grains de poudre de cloportes.
Dans la journée, il boira une infusion de bourrache et d'euphraise.
Il recevra dans les yeux la vapeur de la liqueur ophtalmique et spiritueuse que je lui ai remise. On en verse 7 à 8 gouttes dans le creux de la main, on frotte les deux mains l'une contre l'autre en les approchant des yeux, les yeux étant ouverts.
Un vésicatoire à la nuque pendant trois semaines, un mois, lui ferait du bien.
Mettre les pieds dans l'eau chaude pendant un quart d'heure le matin à jeun tous les 3 à 4 jours.
Vivre d'aliments doux." André Guillon

Je me garderai bien de critiquer ces remèdes et me contenterai de citer la conclusion de l'article de la Revue d'histoire de la pharmacie qui commente cette ordonnance:
"L'époque napoléonienne est une période de transition dans l'histoire de la pharmacie. On voit poindre la thérapeutique moderne, mais elle n'apparaîtra qu'au cours du XIXe siècle. Et l'ophtalmologie est une spécialité médicale qui possède à certains égards des caractéristiques qui la différencient du reste de la médecine avec parfois une certaine tendance au surnaturel dont nous reparlerons peut-être un jour. Toujours est-il que, grâce à cette ordonnance, le colonel Maigrot, héros de l'épopée napoléonienne, échappa à la cécité."

Texte de l'article de la Revue d'Histoire de la Pharmacie sur le site Persée
L'enquête des élèves de la Chapelle Rablais sur les chasseurs de sangsues

L'époux d'Henriette Hochin / Dollan / Grandjean / Sanseverote Rustane... était Jean François Hubert Guillot, né en 1748 à Verdun, patrie des dragées, d'où le nom "Jeansucre", aussi synonyme de "Jean-foutre" signifiant: "incapable, indigne ou moralement condamnable." On ne sait trop pourquoi Restif de la Bretonne consacra quinze lignes à dire que le nom du "Libraire de Paris, originaire de Verdun- 3- Evèchés" était ridicule ! A moins que Guillot n'ait eu à l'époque un sens maintenant oublié.
Restif de la Bretonne ne semblait pas avoir grand respect pour ce libraire qui avait pourtant publié l'un des tomes des Contemporaines: "La Semaine nocturne; sept nuits de Paris.... Ouvrage servant à l'histoire du jardin du Palais-royal.. A Paris, chez Guillot, rue des Bernardins, 1790"
"Il imprima ensuite un journal artistocratiq." Il s'agit du journal des Mécontens "On s'abonne à Paris chez Guillot, imprimeur-libraire, rue des Bernardins n°25", ce qui ne lui porta pas chance, il fut dénoncé, avec ses complices par "un prêtre, l'abbé de la Reynie lequel semble avoir voulu expier, par le service qu'il vient de rendre à la patrie, le crime de lèze-nation dont il s'était rendu coupable, en rédigeant, pendant toute une année le Journal des mécontens imprimé chez le sus-dit Guillot." "Arrêté en mars 1792 et condamné à mort le 29 juin 1792 pour avoir fabriqué de faux assignats dans une imprimerie clandestine de Passy. Exécuté avec ses complices le 27 août 1792, leur requête en cassation ayant été rejetée." fiche BNF

On ne sait pourquoi Restif place en 1791 une arrestation qui eut lieu en 1792: "Au moment que son mari était dans les angoisses de la mort, Henriette le 1 avril 1791, donnait des poissons-d'avril à des Commis- de-Librairie..."
Pendant longtemps, la fabrication de faux assignats envoya bon nombre de condamnés à la guillotine.
L'an II de la République, il se publia un "Compte-rendu aux sans-culottes de la République française, par très-haute, très-puissante et très-expéditive Dame Guillotine, dame du Carrousel, de la Place de la Révolution, de la Grève et autres lieux" où la guillotine elle-même s'adressait à ses lecteurs, en citant, entre autres, la liste des condamnés. A la lettre G, figurent quinze noms: trois assassins, un accapareur et douze faux monnayeurs, dont Jean-François-Hubert Guillot.
Il est étonnant que le "Hibou" n'ait pas relevé l'événement qui a perturbé la décapitation de Guillot, Sauvade et Vimal, tous faux monnayeurs (présumés, faudrait-il dire de nos jours): la mort de l'un des bourreaux: "Après la mise à mort, Gabriel, le deuxième fils de Charles-Henri (Sanson), se tue en tombant de l’échafaud alors qu’il montrait les têtes au public."

Il semblerait que Jean-Baptiste Masson, en reprenant la clientèle des Grandjean en ait aussi repris le nom prestigieux. C'est plus facile de percer au cirque quand on s'appelle Zavatta, à la banque si on est né Rotschild et chez les oculistes si on se dit Grandjean, même si la science médicale n'a été acquise qu'en épousant la "fille" d'opérateurs célèbres. Un peu plus tard, il n'est pas interdit de penser que quelques entrefilets dans les gazettes aient aussi été des coups de pub déguisés: dans le journal de Paris, 1810: "Cet opérateur aussi modeste qu'habile s'est montré le digne successeur de son prédécesseur le grand oculiste de la cour. Il est impossible d'avoir un succès plus complet que celui dont je suis l'heureux et miraculeux objet." ou bien: "La mort d'un oculiste habile, dont le nom approchait celui de M. Masson Grandjean, qui exerce la même profession, avec moins de talent, a fait croire à plusieurs de ses amis qu'ils venaient de le perdre; nous adhérons avec plaisir à l'invitation qu'il nous adresse de les détromper." Cet entrefilet de 1827 est issu du "Constitutionnel: journal du commerce, politique et littéraire" Coïncidence -ou pas- l'ami Alexandre Rousselin-Corbeau de Saint-Albin était justement l'un des membres fondateurs de ce journal, créé au début de la Restauration. Les bonnes relations avec Rousselin sont encore prouvées lors du remariage en 1815 de Jean-Baptiste Masson-Grandjean avec Justine Fany Aglaé Hainguerlot. Marie Clémentine Espérance Tremolety de Montpezat de Bucelly figure parmi les témoins au contrat de mariage; elle n'est autre que l'épouse de Rousselin-Corbeau de Saint-Albin qui est aussi présent. Le monde est petit (mais les noms sont bien longs) !

Autre masque, celui d'un "certain Conseiller au Chàtelet dont le nom est le dernier des titres avant Châtelain". J'ai cherché, dans le "Répertoire numérique des archives du Châtelet de Paris" s'il n'avait pas existé un certain Lecuyer, ou autre nom évocateur. J'en ai trouvé deux, et que leurs fantômes ne viennent pas me chatouiller si je les accuse à tort. L'un est Claude Denis Leseigneur, actif 1775 à 1791 dans le quartier Saint Germain des Prés, pas très loin de la résidence des deux frères, rue Galande et de celles de l'imprimeur, rue des Bernardins, et rue St Jacques. L'autre est François Jean Sirebeau, actif de 1753 à 1791, aussi contemporain des Grandjean et de Restif, il s'est occupé surtout du quartier du Palais Royal, bien connu pour avoir été un lieu de plaisir tarifé: "Au 18e siècle, la prostitution parisienne se concentre dans les Tuileries et les galeries du Palais-Royal, où les filles sont surnommées « castors » ou encore « hirondelles »" Paris Zigzag
Un lieu de prédilection pour Restif de la Bretonne!
A propos de théâtre et de Palais Royal, on retrouve la famille de Régnier de Guerchy, marquis de Nangis auquel les frères Grandjean étaient inféodés pour leur terre des Moulineaux:
"Anne-Louis (1755-1806), noble libéral, franc-maçon, aussi entreprenant dans l’industrie textile qu’il développe à Nangis qu’en matière politique: il prône dès après le 4 août 1789 la suppression des moines "ces parasites de l’église" et même celle du célibat des prêtres, et envisage la nationalisation des biens du clergé; l’agronome Arthur Young, reçu chez lui en juin-juillet 1789, parle de «cent idées également absurdes et impraticables!»
On découvre ensuite un fils d’Anne-Louis amoureux du théâtre et des petites actrices, et architecte du théâtre du Palais-Royal, et un second qui serait retourné à Guerchy
(Yonne) pour y "soigner ses maux fruits de sa débauche." bernard-richard-histoire.com

Voici quelques épisodes des deux vies des frères Grandjean à Paris. Reste à savoir s'ils ont importé leurs pratiques libertines à la Chapelle Rablais, petit village de la Brie. Y ont-ils seulement résidé? A l'époque, la Haute Borne n'était plus qu'un nom de fief et les Moulineaux une grosse ferme occupée par la famille Vincent, pas de trace d'un pavillon comme aux Farons ou d'un château comme aux Moyeux. Pourtant, on trouve trace de l'aîné : "...parmi les nobles appelés en 1789 pour la nomination des députés aux Etats généraux, nous voyons figurer Henri de Grandjean de Haute Borne, écuyer, chirurgien oculiste du roi, chevalier de son ordre et du Saint Empire, en qualité de possesseur des fiefs de Haute Borne et des Molinots, sur les territoires de la Chapelle Rablais et de Fontains." site de Fontains
Quelques décennies plus tard, on trouvera, au château des Moyeux, Chapelle Rablais, Eléonore Vergeot, ancienne repasseuse du futur Napoléon III alors qu'il était prisonnier au fort de Ham, qui repassa si bien qu'elle eut deux enfants de son impérial amant. Mais ceci est une autre histoire...

Lien vers la page: Eleonore Vergeot

 


 

 Sur ce site: textes des nouvelles de Restif
 Suite: A la recherche du portrait d'Henriette
 Courrier
 

 

 

 

Quelques sources:

Correspondance avec M. Jean Paul Glaumaud qui m'a fait découvrir les deux facettes des frères Grandjean et qui m'a transmis les actes de naturalité, d'anoblissement et d'inféodation, ainsi que les copies d'écran des Femmes nationales. Qu'il en soit encore une fois grandement remercié.

Publications de M. Glaumaud:
Les Muses cachottières ou a la recherche du premier Théâtre Mont-Parnasse sur le "Boulevart Neuf"
4e trimestre 2008 Revue d'Histoire du Théâtre • Numéro 240

La revue Études rétiviennes N° 47, décembre 2015 (266 pages) Sanseverote Rustane ou la Vve Jeansucre

Almanach Forain ou différens spectacles et foires de Paris avec un catalogue, etc. (année 1773) sous la rubrique «Nouveaux Boulevards»
J.A. Dulaure, Nouvelle description des curiosités de Paris, tome I, Paris, 1785
Nouveaux essais historiques sur Paris pour servir de suite et de supplément à ceux de M. de Saint-Foix, Anonyme, Paris, Belin, libraire rue St. Jacques, 1781-1786, pp. 129-146.

Décès d'Etienne Baudisson
27 germinal an II État civil, la Chapelle Rablais 5 Mi 2829 p 120

Nomination des députés aux Etats Généraux
http://www.mairiedefontains.fr/pages/decouvrir-fontains/historique.html

Extrait de Etat pour la maison du Roi 1° juin 1766, site en anglais:
http://www.heraldica.org/topics/france/MaisonDuRoi1775.htm

Notices sur les oculistes Gandjean
Notice succincte par M. Glaumaud
Biographie Liegeoise 1837 p 560 1802
Dictionnaire universel, historique, critique, et bibliographique, publié par Louis Mayeul Chaudon

Ordre de St Michel
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_de_Saint-Michel

Correspondance de Voltaire, lettre du 12 juin 1771 adressée à l’archevêque d’Aix-en-Provence

Citation de Beaumarchais: La Mère coupable, acte I, scène IV

Plans de Paris
Nouveau plan de Paris et de ses faubourg, de la Grive 1740
Plan de la Ville et des faubourgs de Paris Jean, 1797

L'année des dames nationales Histoire jour par jour d’une femme de France, 1791-94, 12 vol. in-12, 3 825 pages
On trouve les deux premiers volumes (janvier février) sur Gallica et l'intégralité sur le site de l'Osterreichische Nationalbibliothek
Mes Inscriptions. Journal intime de N. Restif de la Bretonne (1780-1787), préface et notes de Paul Cottin. Paris, Plon-Nourrit, 1889, p. 252, n° 863. 10 8b
Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas ou le Cœur humain dévoilé, éd. Pierre Testud. Paris : Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, t. 1
Les Contemporaines, réédition par Pierre Testud, ed. Honoré Champion; voir d'autres publications de Pierre Testud (Pierre Testud +Restif)

Notices sur le libraire Guillot sur le site de la BNF et...
Catalogue chronologique des libraires et des libraires-imprimeurs de Paris 1789 tome 2 vue 76
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83152v/f415.item.r=.langFR.zoom
Publication hypothétique de la veuve Guillot: Le Nouveau Dédale, attribué à J.-J. Rousseau, chez Mme Masson, etc., BnF, RES-V-3240
Marguerite Henriette Dolland (Grandjean) marraine de Marguerite Henriette Guillot le 31 août (raturé: juillet) 1787 à Verdun, absente, représentée par Marguerite Guillot, 12 ans
Etat civil de la Meuse: naissance Guillot p 293 paroisse Saint Saint-Pierre-l'Angelé à Verdun

Dénonciation par la Reynie: Révolutions de Paris dédiées à la nation et aux districts..., Louis-Marie Prud-homme, 1792. Cf. aussi Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution par Maurice Tourneux, Paris, Imprimerie nouvelle, 1890-1913, tome 2, p. 610

Sur les guillotinés et la famille Sanson
http://les.guillotines.free.fr/guillo-g.htm
http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Palmares1792_1831.html
Compte-rendu aux sans-culottes de la République française, par très-haute, très-puissante et très-expéditive Dame Guillotine, dame du Carrousel, de la Place de la Révolution, de la Grève et autres lieux par le Citoyen Tisset, de l'imprimerie du Calculateur Patriote, au corps sans tête. an II page 13
https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Sanson
http://trefaucube.free.fr/index.php?id=244

Répertoire numérique des archives du Châtelet de Paris Série Y Tome 2: les commissaires
http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/pdf/repertoire-Y-minutes-commissaires.pdf

A propos de de Jean Baptiste Masson (Grandjean)
Naissance Registres paroissiaux Dommartin-le-Franc 52
1 E 171/2 • BMS. • 1741-1775 p 157 et copie du greffe, plus lisible : E dépôt 9656 • BMS • 1740-1778 p 158
Almanach général de la France et l'Etranger 1839: donne l'adresse
Journal de Paris 1810/1811 p 2311
Le constitutionnel: journal du commerce, politique et littéraire. 1827,1/6
Une ordonnance ophtalmologique de l'époque napoléonienne André Guillon
Revue d'histoire de la pharmacie Année 1978 Volume 66 Numéro 239 pp. 235-240
http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1978_num_66_239_1939
Gazette des Tribunaux dimanche 29 avril 1832 n° 2093 3° page
Demande du cordon de St Michel: Maison du Roi. Distinctions honorifiques sous la Restauration O/3/814 dossier 18

Alexandre Rousselin-Corbeau de Saint-Albin :
Jean Lepart, "Un candidat député de la Sarthe sous Louis Philippe : Alexandre Rousselin-Corbeau de Saint-Albin (1773-1847)", La Province du Maine, Société historique de la province du Maine, revue trimestrielle, tome 67, Janvier-mars 1965.
Sur Geneanet généalogie de Justine Fany, Aglaé Hainguerlot par Claude Billy
Dictionnaire mondial des littératures, article Alexandre Rousselin de Corbeau
Histoire du terrorisme exercé à Troyes par Alexandre-Rousselin, et son comité révolutionnaire, pendant la tyrannie de l'ancien comité de salut public ; suivie de la réfutation du rapport de la mission dudit Rousselin, avec les pièces justificatives. Vol. in-8°, de 90 pages
Histoire Des Prisons De Paris Et Des Départemens Volume 3 p 255 à 269

Catalogue raisonné de Nicolas Bernard Lépicié
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bshaf1922
avertissement: http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglitData/tmp/pdf/bshaf1922__p0150-0154.pdf
introduction: http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglitData/tmp/pdf/bshaf1922__p0155-0168.pdf
catalogue raisonné: http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglitData/tmp/pdf/bshaf1922__p0169-0307.pdf
table analytique: http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglitData/tmp/pdf/bshaf1922__p0307-0319.pdf

Fermier des Moulineaux
http://chapellerablais.pagesperso-orange.fr/site%20archives/html_passeports/voituriers-bourguignons-chapelle.htm

Eleonore Vergeot sur ce site
http://chapellerablais.pagesperso-orange.fr/site%20archives/html-docs/docs-vergeot.htm

A propos d'Anne Louis Guerchy:
Nangis, notes historiques d'Ernest Chauvet
et de ses fils:
http://bernard-richard-histoire.com/2014/09/23/album-de-famille-des-seigneurs-de-guerchy-1392-1873-guy-de-haut-de-sigy/

Guillaume Grandjean
Henry Grandjean
"Ces boulevards commencent à être très fréquentés dans la belle saison depuis que la quantité de bâtimens que l'on y faits, et la verdure des arbres que l'on y a plantés, en ont rendu la promenade agréable. Il y a une salle de spectacle, dans laquelle on ne joue que quelques fois, les fêtes et le dimanches seulement." Almanach forain 1773
L'aspect n'en est pas connu; il aurait pu ressembler au petit théâtre de Nicolet, boulevard du Temple, représenté ci-dessous, d'autant que ce comédien avait été sollicité pour la création de ce premier
"Théâtre du Mont-Parnasse": [Les prévôts des marchands voulurent rendre attractifs les nouveaux boulevards du Sud...] En conséquence, on ordonna à Nicolet le jeune de construire un théâtre quelconque; il n'avait aucun fonds, et son frère le 'Richard' ne voulut point lui en prêter; heureusement qu'il se trouva deux bons citoyens, deux zélés patriotes, je veux dire, MM. Grandjean frères, oculistes du Roi, qui voulurent bien bâtir une salle de spectacle sur une partie de terrein qui leur appartenait au lieu dit 'la butte du Mont Parnasse."
Nouveaux essais historiques sur Paris 1781-1786

On trouvait, non loin un Vauxhall, établissement de plaisirs organisé autour d'un dancing et une
"Grande Loge où l'on voit le combat du Taureau. Il n'a lieu que les jours de Fêtes de vierge, & ceux où tous les spectacles sont fermés... Il est d'usage que les personnes qui ont des chiens qu'ils veulent dresser à se battre, les conduisent dans cet endroit." Almanach forain 1773 Le public était populaire; le programme du théâtre devait répondre à ses demandes, on ne connaît pas celui proposé sous les Grandjean, mais voici ce que promettait le compliment prévu pour sa réouverture, quand les frères l'eurent revendu en 1779:
...Partisans de l'honneur, amis de la sagesse
Nous rejetons les tableaux scandaleux,
Cherchant à conserver la candeur dans les âmes
La scène n'offrira que d'innocentes flâmes.
La sévérité même approuvera nos jeux
Où vous voyez déjà la décence qui brille
Mère ! vous y pourrez amener votre fille...

"Passons aux Nouveaux boulevards. Le site est agréable, le coup d'œil champêtre, l'air pur, les allées y sont plus longues, plus larges, plus majestueuses, et les arbres mieux venus qu'aux anciens boulevards. On y voit des champs cultivés; on y voit croître la récolte. Il s'y trouve cependant, du côté, de la ville, quelques jolies maisons..." J.A. Dulaure, Nouvelle description des curiosités de Paris, 1785

Passez la souris sur la carte ci-dessous pour découvrir les modifications du quartier Montparnasse entre 1740 (fond de carte) et 1797. La puce orange indique l'emplacement des propriétés des frères Grandjean, jardins, petites maisons qu'ils sous-louaient, grande maison qui était leur résidence d'été, et même un petit théâtre...

Ceci n'est qu'un survol de l'article de M. Glaumaud: "Les Muses cachottières ou a la recherche du premier Théâtre Mont-Parnasse sur le "Boulevart Neuf" à retrouver dans le n° 240 de la Revue d'Histoire du Théâtre.

Il n'est pas besoin de chercher comment faire tomber le masque des "Petitjean" si clairement définis: frères, oculistes et originaires de la province de Liège, avec le cordon de St Michel. Restif de la Bretonne a même ajouté, de son orthographe si personnelle, un soin à "Josef-II qui avait la vue tendre", les oculistes étaient tous deux chevaliers du Saint Empire Romain, certainement en remerciement d'une guérison de Joseph II.

"Guillot, libraire parisien originaire de Verdun ... avait épousé la fille de Grandjean l'oculiste" est-il indiqué dans les Mémoires de Fauche-Borel, 1825. Le problème est qu'aucun document n'indique une épouse ou un enfant de l'un des deux frères. Pour son mariage en 1779, (période de la revente du théâtre), les actes passés chez notaire à défaut de l'état civil ayant brûlé sous la Commune, indiquent de Margueritte Henriette Dollan, née le 21 novembre 1754: "qu'elle était la fille mineure des défunts Pierre Dollan et dame Margueritte Buzelard tous deux inhumés à l'Hôtel Dieu de cette ville", qu'elle réside chez M. Grandjean, qui la dote de 4.000 livres, qu'Henry Grandjean intervient "tant en son nom que comme amy et parein de la d. mineure que comme fondé de procuration du Sr Nicolas Bernard Lépicié peintre ordinaire du roy professeur de son académie royale de peinture, cousin maternel de la d. mineure". Parrain (Henry=> Henriette), logeur, généreux ami, et plus encore, s'il faut en croire Beaumarchais: "Règle certaine, mon enfant : lorsque telle orpheline arrive chez quelqu'un comme pupille ou bien comme filleule, elle est toujours la fille du mari."

Pour Restif, dans "Sanseverote Rustane" et une autre nouvelle où transparaît le couple Guillot, Henriette est "grande, formée, appétissante... Ses vives couleurs, son oeil noir, sa gorge superbe, son tour voluptueux alumèrent ses desirs.. une grosse rejouie, pleine de gaîté, de bonté" pourquoi pas "jolie, c'est à dire, rouge comme une pomme de chataigner, et ayant l'embonpoint d'une citrouille" si elle ressemblait à sa mère.
Le peintre Nicolas Bernard Lépicié (1735/ 1784) était son cousin du côté de sa mère. Il serait cocasse qu' Henriette ait servi de modèle pour ce lever d'une Fanchon en négligé matinal.

A la recherche du portrait d'Henriette

"Depuis l'execusion de Jeansucre, elle a eu l'indecence de faire afficher des Livres, avec l'indiqué de l'adresse de la Veuve Jeansucre! Elle affecte une scandaleuse improbité, elle qui a tant d'interêt à detruire le préjugé qui l'envelope! Un de ses Confrères s'étant rendu chés cette Affrônteuse, pour reclamer une creance, elle repondit, Que la mort de m. Jeansucre la liberait de tout. L'honnête Confrère ayant insisté, la Jeansucre s'est jetée sur lui, & secondée par son Concubin, peu s'en est falu qu'elle ne l'ait tué. Si mr Usiol avait rendu plainte, il aurait fort embarassé la Jeansucre, déja notée, & qui fut recherchée par les Tueurs du 2 7bre. C'est ce qui lui a imposé silence..."
Masque presque transparent, M. Usiol, passablement bousculé par la veuve Jeansucre et son garçon imprimeur, était le libraire Louis, qui avait repris le fonds de librairie de Guillot. Henriette, devenue Mme Masson, publia quelques volumes, rue Galande. L'enseigne n'était plus "le Martir de St Etienne", comme au temps des Grandjean, mais "Aux Hommes célèbres".
Une mère adultère, des pères à la morale élastique jusqu'à l'inceste, une fille débauchée, un mari complaisant et faussaire, qui, pour compléter ce charmant tableau de famille?
Le nouvel époux d'Henriette. C'était le commis du libraire-imprimeur qui, comme il était fréquent à l'époque, reprit les affaires de son patron décédé en épousant la veuve. D'après Restif, il semblerait qu'il ait testé l'épouse du temps du mari: elle favorisait "un Garson- de- boutique, derrière un paravent du fond, tandis que son Mari parlait d'affaires à son bureau... Pendant qu'il était en prison, ce Monstre femelle continuait de catiner. Elle couchait avec son Comis, espèce d'escroq."
Espèce d'escroq: en plus des pratiques commerciales musclées du couple d'imprimeurs "...la Jeansucre s'est jetée sur lui, & secondée par son Concubin, peu s'en est falu qu'elle ne l'ait tué...", le successeur de Guillot a secouru en 1809 contre la vindicte impériale Alexandre Rousselin-Corbeau de Saint-Albin en le cachant chez eux. Ne changeons pas une riche nature: "Mme Vve Guillot trouva, à ce moment, réconfort près de Rousselin."
Ledit Rousselin avait échappé de peu à la guillotine comme ami de Danton, le 2 thermidor de l'an II, mais connut -temporairement- les prisons révolutionnaires. Il s'en défendit, plus tard, mais son action comme très jeune commissaire civil national envoyé dans la ville de Troyes n'y a pas laissé que de bons souvenirs: "Quelques-uns des principaux chefs de la secte jacobiniste vouloient un deux septembre encore plus expéditif ; c'étoit de braquer les canons sur la maison de réclusion. Telle étoit sans doute l'intention de Rousselin; du moins, lors des premières incarcérations qu'il fit faire, il se permit de dire à un patriote de Troyes: - "Vois-tu ces scélérats que j'ai fait arrêter cette nuit ? Je les réunirai à deux-cents autres, je les enverrai à Saint-Yon, et je ferai sauter leurs membres." S'il faut en croire "l'Histoire du terrorisme exercé à Troyes par Alexandre-Rousselin, et son comité révolutionnaire, pendant la tyrannie de l'ancien comité de salut public", il s'était aussi permis quelques abus de pouvoir: "Une marchande de Troyes lui envoyoit par sa fille des gants qu'il lui avoit demandé ; le prix étoit de dix livres. - "Je saurai bien forcer ta mère, lui dit-il, à les doner pour six francs, en la faisant enfermer." L'officier de santé, que ses débauches lui rendoit tous les jours nécessaire, eut pour indemnité une incarcération de sept mois." Il faut bien que jeunesse se passe, il n'avait que 22 ans, mais menait Troyes à la baguette!

Aidé par le couple d'imprimeurs, Rousselin change de nom, ils se "chargeront de le faire adopter par le lieutenant-colonel de Corbeau de Saint-Albin, cette même année 1809" puis, aidé par un sien cousin, le libraire témoignera du décès de Rousselin à St Domingue et du remariage de sa femme avec le tout nouveau sieur Corbeau de Saint-Albin. Le premier mari d'Henriette était faussaire, le second reprit la boutique, l'épouse et les pratiques. Alexandre Rousselin-Corbeau de Saint-Albin se montra reconnaissant: le commis se trouva embauché quelque temps au ministère de la Guerre, pistonné par l'ancien révolutionnaire. De commis de librairie, le voici fonctionnaire. Mais la reconversion n'est pas terminée. La fille des Grandjean épousée, le commis de libraire & fonctionnaire embrassa aussi le métier de ses "beaux-pères" en devenant aussi oculiste. C'est lui que cite la Biographie liégeoise: "Il a laissé pour son successeur M. Masson-Grandjean, son élève et son parent."

En fait, Jean-Baptiste Masson-Grandjean était né Masson d'un père qui se nommait aussi Masson: "Jean Baptiste, fils légitime de Nicolas Masson, mayre royalle, et de Jeanne Riel de cette paroisse (Dommartin le Franc, Haute Marne) est né de légitime mariage le 21 juin de la présente année (1766)..." Schéma classique: un Masson et une Riel sont parrain et marraine, il n'a aucun lien de parenté avec les Grandjean.

"Telle est aujourdhui la situacion de la Veuve Jeansucre, à laquelle la Police- nacionale devrait ôter son Fils: C'est le voeu des Citoyéns qui les connaissent: car l'Enfant, malgré sa mauvaise éducacion, promettait beaucoup !"
Enfin quelqu'un de bien, dans cette famille digne du marquis de Sade (par ailleurs, soigné par les Grandjean et peu apprécié de Restif).
Le fiston mourut jeune à 22 ans; il promettait beaucoup, d'après la nouvelle Sanseverote Rustane. Hélas, dans une autre nouvelle: "La Mère-Gâteau" , Restif de la Bretonne met en scène l'enfant, la mère: Henriette Dollan et le père: Jean François Hubert Guillot, sous la presque anagramme de Bloutil (Guillot où G devient B). Guillot ne s'y est d'ailleurs pas reconnu:
"10 8b. Presque rien. Corrigé à l’imprimerie un remanîment sur E Françaises. Guillot a reconnu Bastien dans Nesbat (Mère Gâteau), mais il ne s’est pas reconnu dans Blantil (Bloutil)." Mes Inscriptions

Là, le jeune Jean (prénom du père) Baptiste (du commis libraire Masson), Henri (grand père), Guillaume (aussi grand-père?) Guillot, le "Babouin" et les "Babouines", ses voisines en prennent pour leur grade, résumons :
" Dans une maison voisine, amie de celle Niesbat, était un Fils unique, gros garson, qui avait battu sa Mère tant qu'il avait voulu, pendant qu'elle l'alaitait; qui, plûs grand, la tutoyait avec grâce, & la traitait fort mal, ce qui la fesait rire comme une folle ... M. Bloutil le fils était adoré dans ses qualités, dans ses defauts, dans ses vices même. Sa Mère ne voyait que de l'admirable en lui... A quinze-ans, Bloutil, Niesbat & Julie, ne savaient pas encore lire... Un Maître était tout prêt; il donna sa première leçon, & voulut faire honte au Jeune-homme de sa complette ignorance, lorsqu'il fut seul avec lui: Bloutil indigné qu'un Maître-d'alphabet osât prendre cette liberté, lui donna un coup-de-poing... Le Maître presenta une de ses dents à la Mère: -Voila, Madame, ce qu'il m'a-fait...
La violence de son Fils lui parut meriter le châtiment le plus sevère; il appela deux Hommes, qui fesaient des ballots dans son magasin; il y fit conduire son Fils, le fit deshabiller, attacher, & lui donna lui-même vingt coups de nerf-de-bœuf, appliqués comme il convenait...
Le lendemain, il guetta son Maître, le rossa, & ala s'engager sur le quai de-la Ferraille, à condition , qu'il partirait le lendemain. Sa jeunesse & sa belle taille le lui firent promettre. Mais comme la recrue n'était pas prête, on le mit dans un four, en attendant. Furieux d'être trompé, il battit, assomma ses Gardiens: Il fut lié, & rossé
...
Mères, sur cent Enfans, il en faut élever 90 par la severité: l'indulgence à leur égard est un parricide."

Sur ce site: les frères Grandjean et leur famille chez Restif de la Bretonne, textes des nouvelles

Vous trouverez de nombreux autres documents dans l'article de M. Glaumaud: Sanseverote Rustane ou la Vve Jeansucre, paru dans la Revue Études rétiviennes N° 47, décembre 2015, dans lequel j'ai picoré plus que de raison, avec l'accord de l'auteur auquel j'ai soumis ces pages avant parution.

Rue Galande, à droite de cet extrait du plan de Turgot. Les Grandjean habitaient une maison proche de la place Maubert

Alexandre Rousselin-Corbeau de Saint-Albin

ferme des Clos
sur Fontains
Jean Baptiste Masson, dit Grandjean, avait l'art de choisir des relations pour le moins toniques. On le retrouve en 1832, dans une affaire de potion qualifiée de "remède secret", en compagnie d'un pharmacien, M. Buisson, d'un sieur Mahon et d'une dame Fromard: "Le Tribunal correctionnel de la Seine a adopté dans plusieurs cas, sur la vente de remèdes secrets, une jurisprudence favorable qui n'est point toujours partagée par la chambre d'appel de la Cour royale. Mme Régent, veuve Fomard, débitante d'une pommade anti-ophtalmique, M. Masson Grandjean et M. Mahon, qui ont vendu ou annoncé d'autres pommades pour les yeux, comparaissaient devant la Cour, sur l'appel interjeté par le ministère public d'un jugement qui les a renvoyés de la plainte.
Les motifs d'acquittement à l'égard de Mme Fromard sont qu'il y a eu pour sa pommade une autorisation anciennement délivrée. A l'égard de M. Masson-Grandjean, qu'il n'a fait qu'appliquer aux maladies des yeux une pommade qu'il fait préparer par le sieur Buisson, pharmacien; et enfin, à l'égard de M. Mahon, que cet officier de santé a fait divers traités avec les hospices pour la fourniture de médicamens qui ne peuvent être séparés de ses traités.
M. Pécourt, avocat général, reconnaissant que les pommades dont il s'agit ne sont point des remèdes secrets, mais plutôt des cosmétiques composés de substances connues, et qui ne peuvent être nuisibles, a renoncé à soutenir la prévention. M. Victor Augier, avocat des prévenus, s'est borné à de simples conclusions. Le jugement a été purement et simplement confirmé."

Gazette des Tribunaux dimanche 29 avril 1832
On trouve le pharmacien Buisson dans l'Almanach général de médecine pour la ville de Paris 1845, "pharmaciens établis" page 373: "Buisson (Louis-Germain), 7 nov. 1818 ex-pharmacien aux armées de l'Empire, faubourg Montmartre, 10". Une autre source indique que Louis Germain Masson aurait été, non ex-pharmacien aux armées de l'Empire, mais "ancien officier de santé de la vieille garde impériale" Laure Junot d' Abrantès
Il avait repris l'officine de Louis Pacthod, qui figure dans les Almanachs précédents, pharmacien au n°12 du même faubourg Montmartre. Louis Pacthod resta en bons termes avec son repreneur, puisqu'il était l'un des témoins de son mariage.

Le symbole suivant le nom du pharmacien indique qu'il avait été décoré de la Légion d'Honneur, comme Masson-Grandjean, cité avec la même médaille dans "l'Almanach des 25,000 adresses des principaux habitans de Paris" cependant, on ne retrouve ni l'un ni l'autre dans la base "Léonore". Pour faire comme ses illustres prédécesseurs, en 1817, l'oculiste avait aussi posé sa candidature pour le cordon de St Michel. Maison du Roi. Distinctions honorifiques sous la Restauration O/3/814

Jean Baptiste Masson-Grandjean et Louis Germain Buisson étaient très proches: le pharmacien avait épousé, le 30 novembre 1818, l'année même où il se fixait comme pharmacien, une cousine de l'imprimeur-oculiste: Marie Crescence Aimée Masson, fille de Claude Nicolas Masson et d'Aimée Marguerite Gillot, née le 2 juillet 1788, paroisse Sainte-Madeleine de la Ville-l’Évêque, un bourg proche de Paris qui deviendra quelques années plus tard le Faubourg St Honoré.
On peut être beaux-frères et ne pas souhaiter se fréquenter; ce n'était pas le cas, puisque Jean Baptiste était l'un des témoins au mariage. L'épouse du pharmacien, figurera sur le testament de la seconde épouse de Jean Baptiste Masson-Grandjean, Justine Fany Aglaé Hainguerlot,
"à laquelle je conserve reconnaissance des soins qu'elle m'a donné". Il n'est pas étonnant de retrouver Buisson et Masson en affaires.

Rien de bien exceptionnel dans ce qui précède: un ancien pharmacien militaire qui s'installe dans le civil et prend épouse; une petite affaire de rien du tout à propos d'un médicament qui aurait eu "une certaine tendance au surnaturel" comme on l'a vu plus haut; pas bien méchant puisqu'ils furent acquittés deux fois.

Il suffit de remonter deux années plus tôt, en 1816, pour trouver M. Buisson, "ancien officier de santé de la vieille garde impériale (maintenant pharmacien rue Montmartre 10)", dans une insurrection autour de la présence supposée de Marie Louise et du Roi de Rome, alors âgé de cinq ans, Napoléon II fantasmé. A noter que l'on trouve aussi un Guillot (de la Mure et non de Verdun) parmi les conspirateurs. "Le quartier général fut fixé à La Mure, gros bourg à quelques lieues de Grenoble et dans la montagne" qui avait vu passer Napoléon, une année auparavant.
Le pharmacien Buisson est cité dans les "Mémoires sur la Restauration" de Laure Junot d'Abrantès, épouse du général Junot, puis maîtresse de Balzac. "Sous la Restauration, elle devient monarchiste et traite Napoléon Bonaparte de monstrueux usurpateur" mais juge la répression à Grenoble disproportionnée au crime; c'était la suite de la seconde Terreur Blanche.

" Vers la fin du mois de mai 1816, on entendit parler sourdement d'une insurrection dans les montagnes du Dauphiné qui avoisinent Grenoble. On disait que l'impératrice Marie Louise était à Genève avec le roi de Rome, et que plusieurs maréchaux et la plupart des lieutenans généraux étaient d'accord pour ramener le royal enfant aux Tuileries, et que plusieurs maréchaux étaient déjà à Grenoble.... Il y avait alors à Grenoble un homme de tête et de cœur. Cet homme était un avocat, nommé Didier. Il se mit à la tête du mouvement, excité, dit-on, par cette nouvelle... Le quartier général fut fixé à La Mure, gros bourg à quelques lieues de Grenoble et dans la montagne. Il s'adressa aux familles les plus influentes du canton; et celle de Guillot, de la Mure même, fut celle qui lui fournit le plus de ressources... La famille Guillot accepta toutes les chances de danger dès qu'elle entendit le nom de Napoléon II. Cent hommes armés par elle, et pris parmi des paysans qui étaient de ses terres, formèrent la première base de cette troupe qui devait plus tard trouver la mort sous les murs de Grenoble.
Le 4 mai à trois heures après midi, on vit sortir de La Mure, aux cris de Vive l'Empereur une petite colonne de cinquante hommes, commandée par M. Buisson, ancien officier de santé de la vieille garde impériale (maintenant pharmacien rue Montmartre 10); sur la route, tous les villages qui avaient été prévenus fournirent leur contingent. L'année précédente, l'Empereur avait traversé ces mêmes montagnes à la tête de six cents hommes; et cette année, le nom de son fils faisait à lui seul aussi, soulever des bataillons..." Laure Junot d'Abrantès

Louis Germain Buisson fut peut être inquiété, mais, malgré son rôle de meneur, il échappa à la guillotine, puisqu'on le retrouva deux années plus tard, marié, établi à Paris et en bonnes relations avec le sieur Masson-Grandjean.
On ne sait quelles étaient les opinions de l'imprimeur- oculiste, puisque l'ami Rousselin Corbeau de Saint Albin "était perpétuellement poursuivi par la vindicte impériale" Lepart alors que le pharmacien Louis Germain Buisson souhaitait le retour du rejeton napoléonien.