En Seine et Marne, la seule Capitainerie n'appartenant pas au Roi était celle de Nemours qui fut, jusqu'en 1699, l'apanage du duc d'Orléans. Les limites de la Capitainerie de Fontainebleau se gardaient bien d'y empiéter: "sans entrer dans la Capitainerie des Chasses du Duché de Nemours marquée par notre Réglement du 15 septembre 1677 auquel nous n'entendons préjudicier" Edit de novembre 1687
Il faut dire que Philippe d'Orléans n'était rien moins que "Monsieur", le frère du Roi, représentés tous deux sur ce tableau, entourés de leur petite famille.
"Le roi, quoique se réservant la chasse dans tous ces lieux, permet aux propriétaires gentilshommes d’y courre le lièvre et d’y voler la perdrix, en personne, sur leurs terres, hors des bois et buissons, et excepté toutefois dans les sablons de Moret, les plaines, vignes et sablons de Bouron, les plaines de Laque-Fontaine jusqu’à Melun et Chavois, où toute chasse est absolument interdite, sous peine de 100 livres parisis d’amende et de confiscation des engins, chiens, etc." Bulletin de la société archéologique de Seine et Marne 1866
La chasse dans certains "cantons" peu fréquentés par le Roi était autorisée moyennant arrangement financier avec le Capitaine des Chasses:
"On a dit que le roi ne chasse presque jamais plus de deux ou trois lieues au delà de Fontainebleau, cependant cette Capitainerie s'étend jusques au Châtelet en Brie & à Nangis qui en sont à sept... Mais aussi, il faut avouer, ce qui est inutile pour les plaisirs du roi est très utile à l'intérêt de son Capitaine. Cette Capitainerie immense se divise & subdivise à l'infini. Cantons principaux, moyens cantons, petits cantons, tout se vend à son profit... Le prix dépend de leur étendue & de leur position relative au gibier. Ils se vendent suivant l'importance, depuis 2 jusqu'à 20.000 livres... Combien énormes doivent être les sommes qu'ont retirées les Capitaines, depuis 25 à 30 ans, de tous ces cantons vendus, retirés, revendus."
Observations sur les capitaineries 1788 AD77 J 378
Quant au jardinier du château, il était garde chasse assermenté de la Capitainerie lorsqu'il délaissait le râteau: "Le 15 mars (1758) a été baptisée par moy (Poiret) curé soussigné, Marie Charlotte née de la veille fille de François Charles garde des plaisirs du Roy et jardinier au château des Moieux et de Madeleine Fromont son épouse demeurant aux Moieux, le parrain Messire Charles de la Brière Ecuyer, seigneur des Moyeux la Borde les Montils & Tourneboeuf officier des Chasses de la Capitainerie Royal de Fontainebleau Gentilhomme servant de son altesse sérenissime Monseigneur le duc d'Orléans la marraine Denise Marie Françoise Boivin épouse du susdit Seigneur des Moyeux qui ont signé avec nous."
Registre paroissial, mairie de la Chapelle Rablais

"Gentilhomme servant de son altesse sérenissime Monseigneur le duc d'Orléans", Charles de la Brière, seigneur des Moyeux, châtelain de la Chapelle Rablais, n'avait pas trop à craindre les rigueurs des gardes, étant lui-même officier de la Capitainerie de Fontainebleau.

Ci-dessus: "Le duc d'Orléans et son fils, le duc de Chartres, à un rendez-vous de chasse en 1787, dit aussi Le départ pour la chasse" par Horace Vernet, base Joconde
Il s'agit ici de Louis Philippe II. Près de 30 ans plus tôt, le seigneur des Moyeux servait son père, Louis Philippe I°.
Ci contre: les Moyeux avant la construction du nouveau château.

Vers 1650, le comte de la Chapelle Gauthier, "Messire Gabriel Thiboust de Berry, chevalier, comte de La Chapelle, conseiller du roi en ses conseils, maréchal de ses camps et armées, gouverneur du château de Fontainebleau et de la forêt de Bière, capitaine des chasses, grand forestier et maître particulier des eaux et forêts du bailliage de Melun" (1), donc à la tête de la Capitainerie de Fontainebleau, "y fit comprendre sa terre de la Chapelle Gauthier, pour s'épargner de payer ses gardes..." (2)

 

(1) Félix Herbet Dictionnaire Historique et Artistique de la Forêt de Fontainebleau
(2) 1789 mémoire sur les capitaineries et principalement celle de Fontainebleau AD77 J 379

Succédant à son père, messire Louis Thiboust de Berry démissionna en février 1656 des "charges et offices de capitaine, garde et gouverneur de la forêt de Bière, bourg et château de Fontainebleau en faveur de François-Gaspard de Montmorin, marquis de Saint-Hérem, conseiller d'Etat et grand louvetier de France" début d'une lignée de Capitaines des chasses dont le dernier membre ne s'éteindra qu'en 1792 au cours des massacres de septembre. AD Vendée11 J 17, pièce n°11

Si le comte de la Chapelle (Gauthier) avait jugé opportun d'englober ses terres dans la Capitainerie de Fontainebleau, d'autres seigneurs étaient loin de partager ses vues: "Un comte de la Chapelle qui en étoit gouverneur, y fit comprendre sa terre de la Chapelle Gauthier, pour s'épargner de payer ses gardes & fit par là le malheur de tous ses voisins. Depuis cette époque plusieurs seigneurs ont eu le crédit d'en faire sortir les terres de la Borde, Varenne, Saint Germain; Laval &c" 1789 AD77 J 379
D'où litiges sur les limites de la Capitainerie comme nous l'avons vu à la page précédente, et florilège de libelles et pamphlets contre cette institution, à la veille de la Révolution, à l'initiative des riches propriétaires: Observations sur les capitaineries 1788 anonyme à Bruxelles, Essai sur les capitaineries royales 1789 par Gilles Boucher de La Richarderie, Mémoire sur les capitaineries et principalement celle de Fontainebleau présenté à l’assemblée des trois ordres du baillage de Melun 1789... AD77 J 378, J 379, 8[4490 sans compter les doléances des paysans que nous découvrirons plus loin.

Fuir les contraintes de la Capitainerie... là encore, les plus proches du Pouvoir étaient les plus efficaces. Un autre "Monsieur" frère du roi Louis XVI, futur Louis XVIII et capitaine des chasses de Sénart acheta le domaine de Brunoy à l'extravagant Armand de Monmartel "très porté sur les festivités religieuses et qui allait même, à la mort de son père, orner la ville de noir: domestiques, château, arbres, fontaines, chevaux. Sa monomanie funèbre alla au point de faire peindre en noir les vaches et les poules..." Wikipédia
Pour que son domaine ne perde pas sa valeur, "Monsieur" obtint de son frère que "terres, prés, vignes, bois, forêts, parties de forêts acquises ou qu'il pourra acquérir à l'avenir seront et demeureront désunis de ladite Capitainerie quoiqu'enclavées dans icelle". AD 77 8[4490

Plus encore que le désagrément de ne pouvoir chasser, seigneurs et riches propriétaires avaient à déplorer une baisse importante de la valeur de leurs terres sous le régime de la Capitainerie des chasses du Roi de Fontainebleau, dues, entres autres, à la prolifération du gibier et aux contraintes imposées pour sa reproduction, ce qui sera le thème de la page suivante.
Cette baisse fut particulièrement sensible à la Chapelle Rablais, ce qui valut à notre village d'être cité dans "L'Ancien Régime" d'Hippolyte Taine, 1875: "Près de Fontainebleau et de Melun, à Bois le Roi, à Chartrettes, les trois quarts du territoire sont en friches... Aux Courtilles, à la Chapelle Rablais, cinq fermes sont abandonnées... " Il s'agit des Montils et non Courtilles, Taine ayant recopié sur l'Essai sur les capitaineries royales de 1789 : "Un cultivateur nous a appris qu'aux Coutils et à la Chapelle Rablay, autres territoires enclavés dans la Capitainerie de Fontainebleau, on comptoit jusqu'à cinq fermes abandonnées. Il n'y a presque pas de canton dans cette Capitainerie, qui ne puisse offrir des pareilles dévastations." AD77 8[4490, reprise d'un texte de 1788, Mémoire sur les capitaineries et principalement celle de Fontainebleau: "Je connois des paroisses sur cette capitainerie, où le prix de la location est diminué d'un tiers depuis vingt ans, au point qu'aux Montils et à la Chapelle Rablay, la diminution de la valeur des terres est si forte, qu'il y a cinq fermes abandonnées dans ce moment ci." AD77 J379

En croisant différentes cartes, cadastres, déclarations aux terriers, almanachs anciens etc... j'ai essayé d'établir une carte des hameaux de la Chapelle Rablais. Il s'avère que de nombreux écarts ont disparu entre l'établissement du cadastre napoléonien et la période actuelle; pour la plupart, à cause des concentrations des terres des riches propriétaires (parisiens, pour la plupart) Ainsi, entre 1832 et 1913, les Moyeux ont acquis la presque totalité des terres au sud de la commune, ne cédant que quelques parcelles au Nord à Champbrûlé et le bois de la Commanderie, au sud. (passez la souris sur la carte ci-contre)
Les petits hameaux (les Petites Maisons, les Farons, Trenel) disparurent au profit de deux grosses fermes, les Moyeux et Tourneboeuf, comme avait disparu la ferme de la Truchonnerie quand ses terres furent réunies aux Moulineaux.

Les disparitions de hameaux au cours du XVIII° siècle sont aussi nombreuses, sans que l'on puisse mettre en cause l'exode rural. Mettons de côté la Ricarderie, groupe de masures dépendant des Moyeux attesté en 1650 qui ne figure sur aucune carte; ont disparu depuis le premier cadastre de 1832: la Pilloterie, la Fontaine du Tonneau, la ferme du Ru Guérin, les Petits Montils, le Petit Trenel, le Petit Villeneuve (parfois mentionné sur le plan de Fontains)... Au moins cinq hameaux qui correspondent aux cinq fermes citées: "aux Montils et à la Chapelle Rablay, la diminution de la valeur des terres est si forte, qu'il y a cinq fermes abandonnées dans ce moment ci"

Plus de renseignements sur les hameaux, carte, tableau, sources

Les loups n'étaient pas rares en Brie, voici deux cents ans et plus. La "masle bête du Gâtinais" avait terrorisé la région près d'un siècle avant la fameuse bête du Gévaudan. L'ancêtre du Capitaine des Chasses, le grand louvetier Gaspard Montmorin de Saint Hérem l'avait tuée en 1655, à grand renfort de chiens et de gardes: "Enfin, Monsieur de Saint-Héran, qui prend trente loups par an, a pris cette beste vilaine, qui mangeait tant de chair humaine... Enfants, Bergers, Femmes, Pucelles, Qui de frayeurs continuelles, Aviez les pauvres cœurs gênez, Désormais allez et venez, Vous n'avez plus besoin d'escorte. Puisque la male-bête est morte." extrait du poème de Jean Loret En l'an XII de la République, il se chassait encore cent quatre vingts loups en Seine et Marne. Napoléon I° vint le chasser le 7 novembre 1807, dans les bois de Châtillon, tout proches de Villefermoy, ayant logé au château de la Borde, maintenant détruit, accompagné de "son frère Jérôme, Murat, le prince de Wurtemberg et les officiers des chasses de Fontainebleau." article de Th Lhuillier dans Notre Département n°18 avril mai 1991

Quelques habitantes de la Chapelle Rablais, quand elles n'étaient pas marchandes de balais ou de sangsues, s'étaient fait la spécialité de la vente de bagues de St Hubert, grigris vendus sur les foires pour préserver des morsures de loup et de la rage.

Les marchandes de bagues de Saint Hubert
La Chapelle Thiboust de Berry / la Chapelle Gauthier en 1742
Plan topographique de la région de Montereau ... contenant le cours de la Seine... les forêts de Villefermoy, St. Germain la Ville, St. Martin la Ville, Valance et partie de celle de Fontainebleau...
par Nicolas Matis

Croissez et multipliez, bêtes des champs et des bois! A l'exception toutefois du loup qui présentait encore quelque danger: "Le Loup est le plus dangereux ennemi des hommes, & du bestial, parce que c'est le plus goulu, le plus carnacier, & le plus fin de toutes les bestes feroces." Traité de la Police

Les payasans devaient participer aux battues pour les exterminer, seule occasion légale pour eux de pratiquer la chasse.

Il se chassait encore des loups sous Napoléon III: "Il s'agissait, cette fois, non seulement de détruire des sangliers, mais encore de tuer les loups qui inquiétaient la population des environs... La forêt de Villefermoy est très fourrée il y a des enceintes qu'on croirait impénétrables, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de villages en France où l'on trouverait des paysans qui consentissent à les traverser; ici, les rabatteurs passent partout avec un incroyable entrain... Le déplacement de Villefermoy a amené la mort de deux loups et de cinq sangliers. Un sixième sanglier, en voulant traverser un étang a disparu sous la glace et s'est noyé. "
De la Rüe Les chasses du second empir

En abattant des animaux dangereux, la chasse aux loups éliminait aussi le prédateur des bêtes fauves (cerfs, chevreuils) et noires (sangliers), d'où augmentation du cheptel destiné à la chasse, mais aussi problèmes forestiers: ces grands mammifères avaient tendance à brouter les jeunes pousses des arbres et leur prolifération mit en danger le renouvellement de la forêt.

 

La Chapelle Rablais
dans la Capitainerie de Fontainebleau/2
la Chasse

Au temps de l'absolutisme, les "Menus Plaisirs" géraient les divertissements royaux: spectacles, cérémonies, fêtes... Foin des plaisirs minuscules: les "Plaisirs du Roi" avec un P majuscule lui étaient procurés par la chasse.
Pour offrir au Roi les Plaisirs de la chasse, il fallait de l'espace -le roi n'en manquait pas- et du gibier en abondance, réservé en exclusivité au monarque. Quoi de plus triste qu'un roi revenant bredouille d'une partie de chasse: pensons à ce pauvre Louis XVI, qui, le jour du quatorze juillet 1789 inscrivit "Rien" dans son agenda! Journée sans intérêt, il n'avait rien tué.

Pour que le Roi ait du gibier en abondance, il suffisait de réserver à sa seule Majesté l'exercice de la chasse et d'interdire à tous ce qui aurait pu limiter la prolifération "des féroces qui attaquent ou qui se defendent, & qu'il faut combattre, & des timides qui fuient & qu'il faut poursuivre... depuis "les bestes fauves rousses & noires: Cerf, Biche, Chevreuils, Sangliers... jusqu'aux Lievres, Connins, Perdrix, Phaisans & autres Gibiers". Extraits du Traité de la Police 1710

Pour réserver le gibier aux seuls Plaisirs du Roi, sa chasse en était interdite à tous. Rien de bien nouveau pour les paysans qui n'en avaient pas le droit: "nos Rois y ont pourvû en deffendant aux Laboureurs, aux Marchands, & aux Artisans de chasser." Traité de la Police
Fait nouveau, la chasse était aussi interdite aux possesseurs de fiefs englobés dans la Capitainerie, et même au delà: "On appelle lieue de rachat, la lieue au delà des limites, dans l'étendue de laquelle il est défendu, même aux seigneurs haut-justiciers, de chasser. " Article 20 titre 30 de l'ordonnance de 1669

Avec, tout de même, quelques arrangements entre gens bien nés... "Très jaloux de leurs territoires, les souverains cèderont très difficilement des parcelles de leurs domaines. Seuls les Princes de Sang tels les Condé pour la forêt d’Halatte à côté de Chantilly et les Conti pour la forêt de l’Isle-Adam et leurs terres qui vont à Pierrelaye, puis le comte d’Artois devenu seigneur de Maisons-Laffitte, pourront obtenir des espaces importants."
CG Brie Valérie Arnold-Gautier: le garde des plaisirs du Roi dans le nord de l’Ile-de-France

La chasse était, en théorie, interdite à tous, même aux religieux; témoin, ce moine chasseur de l'abbaye de Barbeaux, dont dépendait Villefermoy: "Les plaisirs du roi sont trop près pour qu'on se permette la chasse. Un religieux, il y a quelques années, s'étant adonné à cet amusement, a trouvé qu'il n'était point innocent à l'ouverture d'une lettre de cachet qui l'exilait, pour le seul port d'armes, dans une de ses maisons fort éloignées." Voyage de Champeaux a Meaux, fait en 1785

Quand il arrivait à un seigneur haut-justicier de récolter une prune, une intervention des plus hautes autorités permettait parfois de l'effacer, ainsi le 29 octobre 1783, pour une minuscule amende de dix livres (voir plus loin le sort réservé à deux paysans de la Chapelle Rablais), le "marquis Desroches, seigneur de Bois Boudran y demeurant, paroisse de Fontenailles" a dû au Capitaine des Chasses en personne, la grâce d'en être exempté: "décharge ledit S. marquis Desroches de ladite amende de dix livres ... à la charge pour lui de se conformer aux ordonnances des chasses et réglements de cette Capitainerie... fait et donné par nous Capitaine des Chasses soussigné Le lieutenant de Robe longue appelé en l'hôtel de notre Gouvernement à Fontainebleau, ce vingt neuf octobre mil sept cent quatre vingt trois." Signé Montmorin (de St Herem) AD77 B64

Prendre plaisir à chasser en mission commandée était même passible d'amende: "... à la fouille et au renversement des terriers, auroit lui même avec plusieurs batteurs et sans la présence du subdélégué et du sindic de la communauté, fait chasser et prendre avec furets, panneaux et chiens, les lapins dont ils s'attribuoit entièrement la jouissance, en sorte que laissant subsister les terriers, il se ménageoit ainsy les occasions fréquentes de fureter et de jouir plustôt du plaisir de la chasse que d'user de la faculté de détruire réellement les lapins..." AD 77 B 64 janvier 1783
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