La chapelle, l'église...

Afin que les ouvriers qui se livraient à l'agriculture ne fussent pas privés d'assister au sacrifice de la messe, lorsque leurs travaux les retenaient loin de leurs habitations, nos pieux ancêtres fondèrent dans la campagne une infinité d'oratoires auxquels ils attachèrent des revenus pour l'entretien de l'ecclésiastique chargé de les desservir.

Ainsi, au début du XIX° siècle, M. Pascal justifie-t'il la dénomination de la Chapelle pour notre village, signalant qu'il existait en France 212 communes portant ce nom. Une chapelle: Capella de Erableyo est citée pour la première fois en 1275. A cette époque, les colons qui ont défriché la Haye de Brie sont installés depuis au moins une génération sinon beaucoup plus.
En 1292, on compte cent dix familles, combien d'habitants? N'aurait-on érigé qu'une simple chapelle pour une communauté villageoise aussi importante ou bien la chapelle existait-elle avant le village, avant même que la forêt ne soit défrichée et peuplée puis, sur le même emplacement, remplacée par un bâtiment plus important?

Photo prise depuis les échafaudages de la mairie par Julien Wojciekowski. Qu'il en soit encore remercié.

Quelques sculptures naïves placées à des endroits sans gloire prouvent le réemploi de pierres provenant d'un bâtiment plus ancien.
On trouve quatre petites têtes placées par paires, sur le contrefort droit et juste sous la gouttière à l'arrière de l'église. Un signe moins évident se trouve aussi sur le contrefort.
On peut n'y voir que la marque d'un tailleur de pierres ou le très ancien symbole du poisson qui était le signe de ralliement des premiers chrétiens.

   Quelques explications sur le poisson

Ces pierres, en grès que l'on exploitait aux Montils, pourraient provenir d'un tout autre bâtiment que l'église primitive; nombre de châteaux ont servi de carrière de pierres de taille.

Le saint patron auquel l'église est dédiée est St Bon ou St Bonnet. Clercs et moines se disputent les restes d'un Bonet de Clermont (mort en 706), d'un Léger d'Autun (mort en 680) Georges Duby
Saint Bonnet, évêque de Clermont n'est même pas référencé dans le
dictionnaire des Saints Librairie Générale Française 1963
Un autre St Bon existe:
martyr à Rome, mort pour la foi durant les persécutions de Valérien en 257. Il était prêtre. Fête le 1° août.
Larousse du XX° siècle en six volumes, 1928

Dans l'église du village figurent une statue et un vitrail dédiés à St Bonnet

Pourquoi se mettre sous la protection d'un tel personnage, presqu'inconnu? Je penche pour un autre religieux, plus proche de nous sinon dans le temps, du moins dans l'espace: St Bond, ermite dans l'archevêché de Sens vers 620 auquel fut dédié un prieuré non loin de cette ville.
inscriptions de l'ancien diocèse de Sens.

Mon nom est Bond, Saint Bond !

Bond: ermite à Sens mort vers 620, fête le 29 octobre dictonnaire des saints  vivait à la glorieuse époque des évangélisateurs de la Brie sous l'impulsion de St Colomban 540/615  et de ses douze moines irlandais.

Sont restés dans les mémoires:

Le vitrail a été offert en 1898 par le châtelain, M. Debrousse qui a fondé un hôpital qui porte son nom.
Comme pour la statue, il s'agit d'un évêque banal, sans aucun signe distinctif.

Au XVIII° siècle, le curé Huvier de la Chapelle Rablais lui rendra encore un culte particulier: il a noté, dans le registre paroissial: J'étais pour lors à Faremoutiers et ai assisté à la procession de Ste Fare, ma bonne patronne. 
note du 10 mai 1757 Registres paroissiaux, mairie la Chapelle Rablais

Ce curé devait attacher une grande importance à Ste Fare: le troisième prénom de Charles Etienne Fare Huvier fut donné seize fois à des nouveaux-nés qu'il baptisa pendant les sept années de son sacerdoce dans notre village et plus une seule fois ensuite! Dès que j'en aurai le temps, je continuerai l'étude que j'ai commencée sur ce curé fort bavard.

Retour au Moyen-Age: la Chapelle Rablais fit partie du diocèse de Sens jusqu'en 1790; la famille Cornu, ses seigneurs, donna plusieurs archevêques à cette ville qui fut l'un des centres religieux et politiques de la Gaule puis de la France; l'Archevêque de Sens étant le Primat des Gaules Germaniques. La ferme du Mée, un hameau de la commune, s'appelait d'ailleurs le Mée l'Archevêque.

Pourquoi aller chercher à Clermont ou à Rome un Bon, Bond ou Bonnet alors qu'on en a un sous la main, dans le diocèse de Sens? Les premiers paysans- bûcherons du village ont peut- être révéré un ermite, lui ont élevé une chapelle Peut être même était-ce à l'emplacement de son ermitage?
Pour l'instant, ce ne sont que des suppositions; d'autant plus que la fête du saint, le 29 novembre, ne correspond pas aux fêtes du village: le 15 janvier et le deuxième dimanche de septembre annuaire commercial, administratif, agricole et industriel pour 1913 et qu'un culte des fontaines miraculeuses de St Bon s'est développé au Sud de Sens, dans la Pusaye: Une chapelle, dédiée à Saint-Bon, avait été édifiée près de la source et l'on y venait en pèlerinage de tous les environs. On buvait l'eau miraculeuse, on en emportait pour les malades, on trempait le linge dans la fontaine et l'on recherchait la guérison de ses maux en portant une chemise imbibée des eaux curatives. Mais, en même temps, on adressait sa supplique à Saint Bon qui était dans sa niche au-dessus de la fontaine.

Moutiers, son monastère et ses deux fontaines http://www.yonne-89.net/Fontaines_de_Puisaye.htm#SOMMAIRE_