Maçons limousins à la Chapelle Rablais / 15
Jean & Barthélémy Momet (fin)

Plan: les maçons limousins à la Chapelle Rablais
   
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Doc: traces des maçons limousins

Doc: traces de Jean et Barthélémy Momet
   
Détail du maçon blessé de Goya,  1787

"Le Marchois aime son champ, parce qu'il y a souffert la faim et le froid, parce qu'il est forcé de l'abandonner neuf mois sur douze, parce que si les citadins le méprisent et l'humilient, il sait un petit coin de terre où il pourra dire : Ici je suis le maître. Dans cette passion trop souvent aveugle du Marchois, le philosophe trouverait peut-être une raison de la ruine des héritages." Bandy de Nalèche

"Pour l'acquérir, il consent à tout, même à ne plus la voir; il émigre, il s'éloigne, s'il le faut, soutenu de cette pensée et de ce souvenir... A quoi supposez-vous que rêve, à votre porte, assis sur une borne, le commissionnaire savoyard ? Il rêve au petit champ de seigle, au maigre pâturage qu'au retour il achètera dans sa montagne. Il faudra dix ans ! N'importe... L'Alsacien, pour avoir de la terre dans sept ans, vend sa vie, va mourir en Afrique." Michelet le Peuple 1846

Ruine des héritages, pense Bandy de Nalèche, car l'effet pervers de l'amour de la terre et de l'abondance -relative- de numéraire apporté par les maçons creusois est l'augmentation du prix des terres sans rapport avec leur valeur.

En 1837, Jean Momet soixante quatre ans et Léonarde Cadillon, soixante trois ans, font donation de tous leurs maigres biens à leur unique fille survivante, Antoinette.
"Par devant Guillaume Bouttelas et son collègue, notaires royaux à la résidence de Benevent... ont comparu Jean Maumé maçon et cultivateur demeurant au lieu d'Azat commune de Mourioux et Léonarde Cadillon sa femme qu'il autorise expressément à l'effet et pour la validité des présentes; lesquels ont dit que leur âge ne leur permettant plus de continuer l'exploitation de leurs propriétés, ils ont pris le parti de faire l'abandon et donation irrévocable de tous leurs biens en faveur de Antoinette Maumé leur fille unique épouse de Martial Halary avec lesquels ils habitent audit lieu d'Azat... Demeurent tenus Martial Halary et Antoinette Maumé son épouse, de loger, nourrir et entretenir les donateurs pendant leur vie à leur même pot et feu tant en santé que maladie et à la charge pour eux de payer leurs dettes."

"... lesquels ont dit que leur âge ne leur permettant plus de continuer l'exploitation de leurs propriétés... " Jean Momet était trop fatigué pour continuer d'exploiter sa fermette avec Léonarde, d'ailleurs leur fille et Martial Halary, son mari, vivaient déjà avec eux, s'occupant du maigre cheptel et des petits champs. Et l'apport du gendre était minime. A son décès en 1850, alors qu'il ne pouvait disposer du "petit bordelage" où sa belle mère terminait ses jours, il ne possédait que de 17 francs de meubles, dont hérita sa nièce, Halary, femme Gros, à Villejague, Marsac, alors que le couple Martial Halary & Antoinette Momet avait eu six enfants dont trois, au moins, étaient encore en vie au décès de leur père: Anne 1, Anne 2 et Joseph. On peut d'ailleurs se demander comment Martial Halary a géré son manque de fortune ! En 1826, âgé de moins de trente ans, il renonça à "ses biens immeubles" peut être pour éviter d'avoir à régler des dettes, comme le sous-entend un paragraphe de la donation de 1837: "Demeurent tenus Martial Halary et Antoinette Maumé son épouse, de loger, nourrir et entretenir les donateurs pendant leur vie à leur même pot et feu tant en santé que maladie et à la charge pour eux de payer leurs dettes..."
Sources Halary: acte chez Bouttelas le 5 7bre 1826 / 7 février 1850: table des décès, successions et absences Bénévent l'Abbaye 3 Q 5/418

Quelle fut la cause de l'incapacité de Jean Momet, à la fin de sa vie?
A-t'il été victime d'un accident qui envoya plus d'un maçon à l'Hôpital Général, ou dans un Hôtel Dieu comme celui de Provins: "... il empoigna deux manches du brancard, un camarade les deux autres et ils m'emportent vers l'hôpital... "Attendez, attendez." et arrivant au pas de course, tout pâle, essoufflé, mon père se trouva près de moi... Mes deux porteurs allaient repartir quand il dit avec violence: "Non, pas à l'hôpital, je ne veux pas. A la maison où je loge..." Jeantou le maçon creusois 1936 Le père de Jeantou, tombé d'un échafaudage, craignait que son fils ne sorte de l'hôpital en plus mauvais état qu'il y serait entré: l'aseptie était loin d'être dans les moeurs.

La vie de maçon était fort rude, comme celle de tous les travailleurs au grand air: manouvriers, bûcherons, débardeurs, scieurs de long, bergers, paysans et paysannes... pour ne citer que ceux qui travaillaient à la Chapelle Rablais. Ils craignaient peu le froid: "Plus économes ou plus aguerris contre la froidure, nos pères ne se chauffaient presque point."
Sébastien Mercier 1740/1784

Mais ils redoutaient la pluie. "Ce n'est pas d'être mouillé qui nuit à la santé, c'est de laisser sécher sur soi ses hardes pendant le repos. La répercution de la transpiration arrive toujours quand la force vitale diminuant, l'action centripète l'emporte sur la centrifuge. L'expérience apprend qu'il est fort rare qu'un homme qui a été mouillé en soit incommodé lorsqu'il prend ces précautions, et qu'il est également rare qu'il échappe à la maladie lorsqu'il ne les prend pas. Celui qui marche ou qui travaille par la rigueur du froid ne succombe que lorsqu'il s'arrête. Si l'exercice cesse l'action centrifuge diminue, la transpiration est refoulée vers le centre et le froid s'empare du corps."
la Brie vue par ses médecins
"... il fallait protéger le corps. Le protéger aussi de la pluie et du froid, sachant que rien n'était alors réellement efficace, et que l'on se contentait souvent de multiplier les épaissseurs, pour mieux les diminuer par temps chaud, les tenues d'été étant alors inconnues."
Jean Louis Beaucarnot Entrons chez nos ancêtres

Le décès dans ces établissements était pudiquement caché: "Julien Jardinaud décédé hier Parvis Notre Dame n°4 à quatre heures du matin" le lieu de décès "Parvis Notre Dame n°4" cachait l'adresse de l'ancien Hôtel Dieu de Paris qui enjambait la Seine, face à la cathédrale; l'hôpital faisait toujours peur...

Lien vers la page sur les hôpitaux sur le site "Migrants limousins"

"La Creuse représente une superficie de 556,400 hectares, dont les deux cinquièmes, composés de landes, bruyères, ribières * et pâtis presque improductifs, appartiennent aux communes ou aux sections de communes. Restent 333,960 hectares, qui sont divisés en 1,100,000 parcelles et distribués à 70,000 propriétaires, qui possèdent ainsi chacun 4 hectares et 77 ares en 15 héritages distincts: terres pour le seigle, pour les petites semences, pour les jachères, taillis pour le chauffage, pacages d'été, prairies, chenevières, jardin, maison, écuries, le tout formant un petit domaine d'une valeur de 6,000 à 10,000 francs. " Bandy de Nalèche

* BEBIERE ou RIBIERE. Peut désigner un vallon où coule une rivière, dans des pays de plaine une large vallée alluviale. Désigne aussi le rebord d'un terroir laissé en friche, à la limite de celui-ci. Ces divers termes peuvent apparaître synonymes: «A partir de 5 hectares, il n'était guère de paysan creusois qui ne possédât toute la gamme des sols. Une part de friche (bruyère, chaume, terre froide, retadis ou rebière) faisait partie de l'exploitation» ( Les retadis sont de mauvais fonds ensemencés en seigle tous les sept ou huit ans.)
Antoine Perrier: Quelques noms du vocabulaire de géographie agraire du Limousin
Citation: Chamboux, les paysans de la Creuse à la fin de l'Ancien Régime.

"Parvenu à l'âge de 45 ans, le maçon, ayant continué le même régime d'émigrations périodiques, possède ordinairement une maison, un jardin potager, un ou deux hectares de terre arable et de prairie, une vache et plusieurs animaux domestiques, ayant ensemble une valeur de 6,000 à 10,000 francs. Le chef de famille reste désormais sur sa propriété pour la cultiver lui-même, en employant le surplus de son temps pour le compte des propriétaires et des fermiers du voisinage. II commence, dès lors, à jouir de l'aisance et de la considération qu'il doit à son travail et à sa prévoyance." Frédéric Le Play Les ouvriers européens 1877-1879

Jean et Léonarde étaient exactement dans la norme, car leurs propriétés avaient une superficie de quatre hectares, cinquante quatre ares et quarante huit centiares (4 hectares et 77 ares pour Bandy de Nalèche). Le cadastre de Mourioux, établi après le décès de Jean et celui de leur fille à qui ils avaient fait donation, porte, au nom de leur gendre Martial Allary, les références de leurs parcelles que l'on découvrira en passant la souris sur le plan ci-dessous; en noir, les achats de 1810, en blanc, les achats ultérieurs. En médaillon: la maison, n°81, la cour n°82, une masure n°84, en bas, une autre masure n°95. La maison n°94 est celle de Marc Gros, voir plus loin.

En 1810, Jean Momet et Léonarde Cadillon ont acheté une fermette "à une vache". Puis ils ont peu à peu agrandi leur modeste domaine en acquérant des champs autour d'Azat.
Passez la souris
sur les illustrations
pour leur légende.

A l'opposé de la Brie, le territoire de Mourioux était divisé en multiples petites exploitations. On y trouvait cependant quelques "domaines". En 1818, le père de Jean Boucher est décédé au domaine de la Védrenne. Le cadastre de 1840 montre que la plupart des parcelles de ce "village" appartenaient à Jean Baptiste Villechabrolle, de Saint Goussaud; en 1824, la nièce de François Pety décéde "en la maison du domaine de Lavos Vergniaud" où résidait la famille agrandie du maçon; Lauvaud Vergniaud était la propriété du sieur Bion, notaire à Saint Vaury. Les cinquante et un hectares du domaine du Camp appartenaient en 1840 au notaire Nicolas Bouttelas de Bénévent. Dans ces "domaines", les parents des maçons étaient "colons" ou journaliers.
Sources: divers registres d'état civil & matrice cadastrale de Mourioux AD23 matrice cadastrale 3 P 1358

"On cultive essentiellement du seigle, de l'avoine et du blé noir. Le froment, absent de l'élection de Guéret, ne pousse que dans quelques paroisses de l'élection d'Evaux, près de Chambon sur Voueize, à la limite du Bourbonnais... Le seigle et le sarrasin ne pouvant suffire, les habitants de la région suppléent à cette disette en grains par les châtaignes, et une espèce de grosses raves dont le pays est abondant. Les châtaignes sont surtout ramassées dans les paroisses de la partie sud ouest de l'élection, aux limites du Limousin." Annie Moulin: Les Maçons de la Creuse: les origines du mouvement

La petite ferme devait nourrir Jean Momet, Léonarde Cadillon, Antoinette Momet, son époux Martial Hallary et leurs enfants (dont trois au moins sur six étaient en vie avant le décès de leur mère en 1837). Elle n'était pas bien grande, moins de cinq hectares. Une petite pâture pour la vache, deux minuscules prés pour le foin, une chènevière pour la toile de chanvre...
Si l'on excepte une "terre" de la taille d'un jardin, pour leurs cultures, ils ne disposaient que de deux champs d'environ un hectare et demi chacun de qualité diverse: un tiers du premier champ entrait dans la première et meilleure catégorie, le reste en troisième; le second champ était un patchwork de terres de qualités différentes. Un seul petit champ aurait-il suffi pour toute la famille ? "Dans la Creuse, les terres ne sont ensemencées que tous les deux ans: une famille pour vivre a donc besoin d'une étendue de territoire au moins double de celle des pays où la culture est annuelle. Bandy de Nalèche
Ils pouvaient profiter de pâtures communes, de "bruyères" pour les moutons. Le cadastre précise, par exemple au Puy d'Azat: quatorze hectares de bruyères appartenant aux "habitants, les propriétaires d'Azat". Les "communaux" ne s'étendaient en fait pas à la commune ou à la paroisse entière, mais aux seuls propriétaires de chaque hameau; d'où la mention de "village" qui revient constamment.

Il faut espérer qu'en plus des revenus du limousinage, et peut être d'un placement comme journalier, d'autres parcelles avaient été louées...

Barthélémy Momet, au moment de son décès, résidait aussi à Mourioux, au village de Saint Chartier. Pas de Momet sur le cadastre de 1840 (les propriétés de Jean étaient au nom de son gendre Martial Allary). Rien à Saint Chartier, pas plus qu'à Leychamaud, pas de mention dans la "liste par ordre alphabétique des noms des propriétaires", de Barthélémy, ses filles, son fils, son épouse Marguerite Cadillon, ni de son gendre posthume Léonard Galateau (mariage en 1839). Seul Louis Basmoreau qui avait épousé Marguerite 1 en 1836 est mentionné, propriétaire de minuscules parcelles de taillis.
Comme le commun des Creusois, Barthélémy a-t'il acheté des terres qui auraient changé de propriétaire entre son décès 1836 et l'établissement du cadastre 1840. Ou aurait-il poursuivi sa singularité?
La table des décès, successions et absences de Bénévent l'Abbaye indique: "n°44 Maumet Barthélémy, époux de Léonarde Cadillon, résidant à St Chartier, Mourioux, 56 ans, décédé le 29 août 1836, inventaire: enregistrement le 10 7bre 1836, montant de l'évaluation 2.176,21 francs; date de déclaration de succession: 25 février 1837; héritiers: Léonard, Marguerite et Anne Maumet, ses enfants; biens déclarés, valeur mobiliaire: 1.088,13 francs". Pas de mention de bâtiments ou de terres. Il semble d'ailleurs qu'une Marguerite avait été oubliée... AD23 3 Q 5/417
A son décès, en 1836, il n'est que journalier locataire, pas propriétaire. Etat civil de Mourioux 4 E 161/11

L'exploitation des terres est radicalement différente en Brie où les Limousins étaient maçons et en Creuse où ils étaient cultivateurs. "Celui qui a abandonné, parce que trop âgé, le métier de maçon, se déclare alors laboureur." Annie Moulin. Pour simplifier, à la Chapelle Rablais, clairière en limite de forêt de Villefermoy, on trouvait de grandes exploitations appartenant à des citadins, exploitées par des fermiers et de nombreux "manouvriers". Par manque de prairies, donc de bétail, et par conséquence de fumier, les sols avaient besoin d'une année de repos, et les cultures suivaient obligatoirement un cycle sur trois années imposé à toutes les parcelles d'une "saison" qui désignait alors un lieu comme "climat, d'ailleurs) : saison des bleds, des mars, des jachères. Quand la terre reposait, les jachères étaient parcourues par des centaines de moutons (900 à la Chapelle Rablais) qui contribuaient un peu à fertiliser le sol pour les céréales à venir. Les petits paysans pouvaient posséder des champs de peu d'étendue, tout en longueur à cause du défrichement médiéval, mais aussi du partage entre enfants; et les communaux avaient disparu.

Les travaux s'arrêtaient quand il gelait, neigeait ou que la pluie devenait trop forte, sauf exception: "Alors par une pluie battante, nous montâmes sur nos échafauds, et nos garçons qui avaient consenti à cet engagement se mirent à gâcher et à monter les moellons à la hotte, chaque fois que nous en avions besoin. Nous avions eu soin d'enlever nos chemises et de ne garder que nous blouses afin d'avoir du linge sec lorsque nous nous serions essuyé le corps. Vers le soir, la pluie se changea en neige, mais nul ne broncha."
Martin Nadaud

La santé des maçons était mise à rude épreuve. Peu de protection contre les accidents: des échafaudages sans rambardes, des échelles de bois branlantes, pas de casque... Dès son plus jeune âge, le "poulain" devait supporter de lourdes charges pour servir son compagnon. Il faut avouer que c'était aussi le lot de tous les manouvriers: imagine-t'on aujourd'hui monter au grenier des sacs de cent kilos ?

 

Maladie, accident, épuisement. On ne sait pourquoi Jean Momet se sentit incapable, à l'âge de soixante quatre ans, de continuer à subvenir aux besoins de sa famille en cultivant ses maigres biens: "lesquels ont dit que leur âge ne leur permettant plus de continuer l'exploitation de leurs propriétés, ils ont pris le parti de faire l'abandon et donation irrévocable de tous leurs biens..."

Jean Momet eut bien de la chance de posséder deux grands champs, entendons pas là des champs d'un hectare et demi environ, ce qui semblerait négligeable de nos jours. Michel Pagot qui l'accompagna à la Chapelle Rablais, possédait au village de Bord, dans la même commune de Mourioux, une maison plus vaste, avec cinq portes et fenêtres et une exploitation presque deux fois plus étendue, 8 hectares 72 ares et 8 centiares, mais morcelée en quarante et une parcelles, plus une autre sur le territoire proche de Ceyroux. Ses possessions étaient plus diversifiées que celles des Momet "A partir de 5 hectares, il n'était guère de paysan creusois qui ne possédât toute la gamme des sols" : des terres, pâtures, prés, chènevières, jardins, bois & taillis, bois & fûtaie, châtaigneraie, bruyères... il ne lui manquait plus que verger, semis (pépinière), étang et pêcherie (Piège des mots limousins: "Pêcherie: large fosse creusée à flanc de coteau ou au sommet d'un vallon, à l'emplacement d'une mouillière ou d'un gaulier, ou simplement d'une source, pour irriguer les parties élevées des versants" Antoine Perrier) ... pour avoir fait le tour des catégories du cadastre. Mais rares étaient les parcelles à dépasser l'arpent et aucune n'atteignait l'hectare: une terre de 72 ares, une pâture, un pré et deux châtaigneraies... Il avait même deux pâtures d'environ un are, dix mètres sur dix, à peine la place à une vache pour se retourner !
AD 23 Cadastre de Mourioux. Matrice: sections D9, E5, E6. Plans: section D du bourg, 4° feuille; section E de Bord, 2° feuille

Jean Momet n'avait aucune attache à Azat. Seul ou avec ses parents, il était passé par les hameaux de la Rue, les Combes, Bord, les Groppes puis la Ribière. Il aurait pu patiemment économiser pour acheter en une fois de beaux terrains, alors que Michel Pagot aurait patiemment agrandi un petit bien familial en grapillant les petites parcelles disponibles. Ce n'est qu'une vue de l'esprit, car Michel Pagot est né fils de métayer à Sous Fransour, Marsac en 1784 et s'il s'est intallé à Bord, à son mariage en 1804, il n'y habitait pas auparavant, étant domicilé au village de Beauvais, Saint Etienne de Fursac. Par contre, son épouse, Catherine Gavinet y était née. Aurait-il agrandi la fermette des beaux parents? Pour étayer cette hypothèse, il faudrait consulter les archives des notaires sur vingt cinq ans. Hélas, j'habite fort loin de la Creuse et je ne peux sollliciter les correspondants sur une tâche aussi minutieuse. J'en profite pour remercier tous ceux qui m'ont transmis des actes originaux, découvrir les trésors cachés des Archives en ligne de la Creuse, et relire ces pages; et plus particulièrement les membres du groupe Yahoo Gen23.

Doc: les terres de Michel Pagot
Lien externe: groupe Yahoo Gen23

Le décès des frères Momet a laissé les soeurs Cadillon veuves. Marguerite, épouse de Barthélémy, décédé à l'âge de 56 ans en 1836 lui survécut jusqu'en 1849. Elle termina sa vie au village de Leychamaud, Ceyroux où elle décéda "en sa maison". Leychamaud était le lieu de résidence de sa fille Marguerite 1, épouse de Louis Basmoreau, domestique et propriétaire au même lieu; très modeste propriétaire puisqu'il ne possédait que de minuscules parcelles de taillis. Il faut dire qu'étant domestique, il ne devait pas disposer de bien grandes richesses.

Domestique en 1836, Louis Basmoreau est cultivateur à Léchamaud en 1841, métier noté sur l'acte de décès d'une petite Marie, âgée d'un mois, "en la maison de ses père et mère située à Lechamaud". Quand il y décède en 1850, sa femme est-elle présente car les voisins le déclarent époux de "Françoise Maumeix" au lieu de Marguerite Maumet; il faut dire que quelques années auparavant, la même Marguerite fut prénommée Marie; Françoise ou Marie étaient peut être son prénom usuel, étant donné le nombre de Marguerites dans la famille!
Les voisins qui ont déclaré le décès de Marguerite mère, le 19 novembre 1849, n'ont pas été plus précis. Ils ont été incapables de donner le nom de son époux, ni de ses parents: "Marguerite Cadillon, 84 ans (erreur), veuve de Barthélémy (pas de nom), fille des défunts (blanc) née à (blanc), sans profession, demeurant à l'Echameaud, décédée en sa maison."

Jean Momet décéda en 1839, son épouse Léonarde Cadillon termina sa vie en 1854 à l'âge déclaré de quatre vingt huit ans. Il semblerait que les témoins aient eu envie d'assimiler les soeurs Momet à Jeanne Calment car Léonarde était née en 1774, comme l'atteste son acte de mariage: "Léonarde Cadillon, âgée de vingt huit ans, née au lieu du Grand Murat, commune de Bénévent, département de la Creuze, le vingt neuf du mois de novembre an mil sept cent soixante quatorze", ce qui la fait décéder à quatre vingts ans, au lieu de 88, et sa soeur n'atteignit pas 84 ans, mais 77, tout de même, une belle longévité, pour l'époque.

Léonarde Cadillon, veuve Momet ne possédait plus rien, ayant fait donation en 1837 à Antoinette, qui décéda dans l'année, peut être victime d'une épidémie: sur la même page, on trouve aussi le décès de Marguerite Longeaud, épouse de Jean Boucher qui perdra de nombreux membres de sa famille entre 1837 et 1838 et que nous retrouverons plus loin, plus dix autres décès qui furent mentionnés dans la marge par manque de place.
En 1840, la propriété était au nom de son gendre, Martial Allary (l'orthographe du nom de famille varie fréquemment, Alary, Hallary...). Il mourut lui aussi avant l'aïeule. Antoinette et son mari devaient subvenir aux besoins des anciens: "Demeurent tenus Martial Halary et Antoinette Maumé son épouse, de loger, nourrir et entretenir les donateurs pendant leur vie à leur même pot et feu tant en santé que maladie." Leurs héritiers étaient-ils tenus par cet engagement? Et qui allait de charger de Léonarde?
Son acte de décès montre que son ascendance n'était pas connue:
"on ignore le lieu de sa naissance, on ignore le prénom de son père, le nom et le prénom de sa mère", ce qui semble normal si les témoins faisaient partie de la troisième génération: Léonarde aurait-elle parlé du passé lointain, de sa naissance sous Louis XVI à ses petits enfants, à des voisins ? Les témoins, des voisins d'Azat, ne portent pas les noms de Momet, ni d'Halary: l'un est Joseph Rachette, ouvrier maçon, 32 ans, l'autre Marc Gros, cultivateur, 33 ans qui signe maladroitement "Gro Marc".

Marc Gros figure dans l'arbre généalogique des Halary: quand Martial décéde, ses maigres biens propres (17 francs et de modestes biens à Bénévent) reviennent à sa nièce, Halary, femme Gros, sa nièce à Villejague, Marsac. Table des décès, successions et absences Bénévent l'Abbaye 3 Q 5/418
Marguerite Halary, née vers 1820 à Bénévent, épousa Marc Thomas Gros, né le 21 décembre 1815 à Marsac, le 29 janvier 1839 à Bénévent.

Bingo ! pense-t'on. Léonarde Cadillon était aux bons soins de la nièce de son gendre, son héritière! Erreur fatale, piège de la généalogie creusoise. Il faut pousser l'enquête plus loin que les apparences et chercher des preuves parmi les indices parfois trompeurs...
Ce Marc Gros n'était pas l'époux de la nièce de Martial Halary, mais son frère. Suivant la bonne habitude limousine de donner plusieurs fois le même prénom à des enfants vivants,
François Gros et Anne Descottes avaient prénommé "Marc" deux de leurs fils:

Marc Gros, né en 1819, habitait Azat où il était cultivateur. Sa descendance y est attestée jusqu'au XX° siècle. Il épousa Marie Peyrot le 25 février 1844. En 1840, Martial Peyrot était propriétaire à Azat de la maison n° 94, et d'environ 9 hectares et demi de terres. Quelques années après le décès de Léonarde, au premier recensement, celui de 1866, Marc Gros, 48 ans, figure dans la liste d'Azat, avec son épouse Marie Peyrot 38 ans, Prosper, 18 ans, cultivateur et Clémence, 13 ans.

Marc Thomas Gros né en 1815, était l'époux de Marguerite Halary, héritière de son oncle Martial, époux d'Antoinette Momet. Il était cultivateur à Villejage, commune de Marsac, sa présence y est attestée par des naissances entre 1841 et 1857, tous à Marsac et à Villejague, quand c'est précisé. Villejague et Azat ne sont séparés que de trois kilomètres, distance suffisamment courte pour permettre à la petite-fille de porter des galettes et des petits pots de beurre à sa mère-grand, mais trop éloignée pour pouvoir lui assurer un soin constant. Ce n'était donc pas cette petite-fille qui avait la charge de Léonarde.

Qu'en était-il des autres petits-enfants de Léonarde? Joseph Halary, né en 1829, était assez âgé en 1854 pour s'être occupé de sa grand-mère, il ne se mettra en ménage qu'en 1862 avec Marie Anne Pasquet, fille de Jean Pasquet et de Anne Nicard; puis se fixera dans la commune de ses beaux parents, à Chamborand. Il était maçon, donc absent une bonne partie de l'année; n'étant pas marié, personne à domicile ne pouvait s'occuper de l'aïeule pendant de longs mois.

Jean, né le 4 décembre 1825 n'apparaît plus dans les actes et Léonarde, née en 1831 décèdera en 1833. Anne, née en 1834, atteignait la vingtaine au décès de sa grand-mère; elle ne se mariera qu'en 1854, puis partira à Bénévent. François était trop jeune, il n'avait que dix sept ans au décès de Léonarde. Il est possible que ces deux descendants aient vécu à Azat jusqu'au moment où ils purent voler de leurs propres ailes, à moins qu'ils n'aient été placés comme domestiques dès leur adolescence. Mais ils ne pouvaient être "chef de ménage".

Ne reste plus qu'une autre Anne Halary, née en 1822, épouse et mère de famille, appelons-la Anne-1 puisqu'elle était l'aînée des "Anne" Halary. Son mari était aussi un Pasquet (Paquet, Pâquet), mais d'une autre famille que la future femme de Joseph Halary. Etienne Paquet était aussi originaire de Chamborand, fils de Jacques Paquet et de Léonarde Dumont; après son mariage, il se fixa à Azat où naquirent les enfants du couple: Martial François 1841/1845, Jean en 1843, Etienne en 1850, Marie née en 1855, Baptiste né en 1860...

Il est plus que probable que Léonarde Cadillon, veuve de Jean Momet, résidait encore en 1854 dans la petite maison qu'ils avaient achetée en 1810. Son mari, ses enfants, son gendre étaient tous décédés. Elle était aux bons soins de la famille de l'une de ses petites filles, Anne-1, épouse d'Etienne Pâquet, dont la descendance occupera la maison d'Azat pendant les décennies suivantes.
"La maizon en très mauvais état", une porte et une fenêtre en 1840, devait être bien remplie: en plus de Léonarde, pouvaient y loger deux autres enfants d'Antoinette et Martial Halary: Joseph °1829 et Anne-2 °1834; le couple Anne Halary / Etienne Pâquet et leurs enfants Martial °1841, Jean °1843 & Etienne °1850. Beaucoup de monde pour un espace réduit ? La moyenne était assez élevée à Azat: cinq habitants par maison au moment du premier recensement: onze maisons, onze ménages, 56 individus. Si tous se retrouvaient pour les repas dans la pièce principale, le chauffoir; il n'était pas rare que les garçons cherchent une petite place pour dormir à l'écurie, au grenier...
La vie en commun, si elle présentait le désavantage d'une promiscuité forcée, permettait de porter secours, "au même pot et au même feu" à ceux qui n'auraient pu entretenir seuls un foyer: célibataires, épouses de migrants, veufs, anciens...

La famille Pâquet a conservé la maison des grands parents, puisqu'on la retrouve dans les recensements qui ne débutent, hélas, qu'en 1866 (1836 en Seine et Marne):
à Azat, Etienne Paquet, 50 ans, cultivateur, chef de ménage et veuf (pas de traces du décès d'Anne) avec ses enfants Jean, maçon de 24 ans, célibataire; Marie, 11 ans, Baptiste 6 ans, plus une domestique de 35 ans, Marie Manégrier et son fils Joseph de six ans.
Au recensement suivant, Jean est devenu chef de ménage, il a épousé Joséphine Pacaud originaire d'Arrènes; Baptiste et Marie habitent encore avec lui. En 1876, Marie est partie; en 1881, Baptiste n'est plus là. Des filles sont nées: Marie et Clémentine. Marie épousera un maçon, Louis Janisson; Clémentine épousera l'ancêtre de l'habitant actuel de la maison Momet, à Azat. On la découvre ici, un peu surélevée, agrandie, cimentée, au bord de la route...
Je prendrai bien soin de ne pas en révéler plus, ayant pour principe de ne pas dépasser la limite légale des cent ans. Cependant les traces de la famille qui réside dans la maison d'Azat ne sont pas difficiles à découvrir, en parcourant les recensements, les arbres en ligne de Généanet, les annuaires commerciaux et les annonces funéraires du "Populaire du Centre"...
La maison achetée en 1810 est encore dans la famille d'un descendant de Jean Momet et d'Anne Cadillon, deux cent ans plus tard, bien qu'il n'en porte plus le nom. Quand je me suis rendu à Mourioux, puis Azat, voici une dizaine d'années, mes recherches n'étaient pas aussi avancées qu'aujourd'hui et je ne savais pas quel pouvait être le point de chute des Momet, ignorant d'ailleurs qu'ils avaient été propriétaires. Le nom de cette famille était inconnu des braves gens qui m'ont renseigné. Si j'avais dit Cadillon...
J'ai donc raté la maison surplombant la route entre Mourioux et Marsac, un peu trop sensible à l'abandon d'un long bâtiment, situé au centre de la boucle que forme le hameau, et que les Azatois (ça se dit?) qualifient de "Maison mère"; pourquoi? toute information à ce sujet sera bienvenue...

Jean Momet a été pris comme exemple de maçon creusois venu en Ile de France régulièrement dans le même village; qui, chaque année, effectuait le voyage du retour vers sa région natale. Même s'il avait eu la tentation de migrer avec sa famille, il termina ses jours dans le canton qu'il connaissait bien, tout proche des autres membres de sa famille et de ses compagnons. Ses économies lui servirent à acquérir une petite maison et des terres où il se retira, l'âge venu. Quand ses forces ne lui permirent plus de cultiver sa petite ferme, il en laissa le soin à ses descendants qui, génération après génération, continuèrent à limousiner et à cultiver.
Nombreux sont les maçons qui pourraient se reconnaître dans cette courte biographie; changeons quelques noms, quelques lieux, quelques dates...

Les pages suivantes seront consacrées aux maçons limousins qui choisirent de ne plus rentrer au pays et qui se fixèrent à la Chapelle Rablais; mais pour cela, il me faut consulter d'autres documents. A bientôt...

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