Maçons limousins à la Chapelle Rablais / 14
Jean & Barthélémy Momet (suite)

Suite : Jean et Barthélémy Momet, fin
Plan: les maçons limousins à la Chapelle Rablais
   
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Doc: traces des maçons limousins

Doc: traces de Jean et Barthélémy Momet
   

Jean Momet limousinait déjà en 1810, à l'âge de 37 ans, et probablement bien avant, mais on ne sait où. En 1812, il était à Rampillon, à dix kilomètres à vol d'oiseau. Il viendra à la Chapelle Rablais chaque année de 1813 à 1820, à l'exception de 1817, comme Michel Pagot: en 1818, il repart avec un passeport vierge "délivré sur requit". Sa dernière feuille de passeport, délivrée pour 1819 et 1820 montre les traces d'un usage que les visas n'expliquent pas: il n'a été tamponné que deux fois, à la Chapelle Rablais le 22 novembre 1819 et à Mourioux le 29 mars 1820; pourtant il semble avoir été plié et déplié. Jean Momet avait-t'il dû le présenter de nombreuses fois au cours de ses voyages?

Pierre Pradaud n'a laissé que peu de documents. Il avait dû limousiner dans d'autres contrées car il était âgé de quarante deux ans, deux fois marié, quand, le 30 mars 1813, il arriva à la Chapelle Rablais. Il n'était muni que d'un simple "bulletin pour un permis de passeport par M. le Maire de la commune de Céroux" daté du 11 avril, s'il faut en croire la mention sur le talon du passeport qu'il demanda à l'automne, pour retourner à Ceyroux; une erreur, à n'en pas douter puisqu'il serait arrivé en Brie le 30 mars avant même de partir de Creuse, le 14 avril ! L'année suivante, il décèda le 9 novembre à Ceyroux.

Avant d'arriver à la Chapelle Rablais, Michel Pagot avait limousiné à Pommeuse, non loin de Coulommiers.
De 1813 à 1819, on le trouve à la Chapelle Rablais, sauf peut être en 1817, pas de traces cette année-là; de plus, en 1818 le maire de Ceyroux lui établit un passeport tout neuf, sans dépôt d'un document périmé "délivré sur bonne conduite et moralité".
Il se rendra plusieurs fois dans la région de Provins. C'était sa destination première au printemps 1815, notée par le maire de Ceyroux; s'y est-il rendu ? car à l'automne il repart de la Chapelle Rablais. En 1819, il quitte notre village pour "Saint Hilaire", en fait Saint Hilliers, commune proche de Provins, pour quelques semaines seulement: parti le 30 octobre, il est de retour le 22 novembre, ou avant, à la Chapelle R. où il demande son dernier passeport.
Il faut dire qu'à Saint Brice, commune limitrophe de Provins, se trouvait son cousin Barthélémy, fils de Pierre Pagot et de Charlotte Vitte (un Léonard Vitte sera plus tard l'époux d'une Anne Pagot). Pagot et Vitte sont encore de nos jours deux entreprises de maçonnerie et travaux publics à Provins.
Barthélémy, le cousin de Michel, qui avait épousé en 1815 une fille de Saint Brice, Rozalie Victoire Diot, vigneronne, terminera ses jours en Brie. Que fit Michel après 1819, quand on perd sa trace à la Chapelle Rablais à l'âge de 38 ans? Il dut continuer à limousiner, peut être avec son cousin, car en septembre 1823, à la naissance de sa fille Anne, à Bord, commune de Ceyroux, la sage femme déclare "Michel Pagot, son gendre, maçon dycy absent."
Michel Pagot décède en 1851, au bel âge de soixante dix ans, toujours au village de Bord.

Certains Le Roudier ont été maçons dans le Gâtinais, mais c'est dans la Marne que Léobon, frère cadet de Léonard le Roudier s'est fixé, à Avize près d'Epernay, où il se maria en 1816. Agé de 23 ans, maçon limousin, il épousait une vigneronne plus âgée, 35 ans. Il décèdera à l'hôpital de Vertus en 1832, victime de l'épidémie de choléra.
Léonard fréquenta les même contrées que son frère puisqu'il demanda un passeport pour Epernay en mars 1812 et qu'en avril, on le trouve à Sézanne, pour aller à Montmirail, dans la Marne. A la fin de cette année, il est à Nangis. Au printemps suivant, quand il fait viser son passeport à Ceyroux, il compte se rendre encore dans la Marne, pourtant on le retrouve à la Chapelle Rablais où il passe l'année.
On ne sait trop ce qu'il est devenu, car s'il meurt un Léonard Le Roudier aux Groppes de Mourioux en 1850, d'un âge équivalent, ce n'est pas le fils de Pierre et Catherine Pillard, mais celui de Silvain avec Françoise Parinet...

Si François Pety a demandé à Mourioux un passeport pour la Chapelle Rablais, au printemps 1819, c'est de Bailly Carrois, village à moins de huit kilomètres, qu'il repart, à l'automne. En mars de l'année suivante le visa du maire de Mourioux est bien vague: "bont pour retourné à sa destinéz", qui le mènera encore à la Chapelle Rablais, ce devait être sa destinée! d'où il repartira pour Mourioux en novembre. S'il avait débuté comme "poulain", François Pety aurait déjà eu une dizaine d'années de limousinage quand il vint pour la première fois au village, à l'âge de vingt cinq ans. Il est peu probable qu'il ait continué longtemps à migrer car il était présent en Creuse aux côtés de son oncle, de son beau frère, pendant la belle saison, en septembre 1823, en août 1824...

Les déplacements de François Pety en Creuse

François Gaspard Robinet, jeune marié de 25 ans, demanda deux fois un passeport pour Rozay en Brie, en 1815 et 1816. Il dut changer de point de chute la seconde fois car on le retrouve en début de saison à la Chapelle Rablais où il viendra aussi en 1817. L'année suivante, il ne limousina pas car il était présent à Ceyroux le 24 septembre pour la naissance de sa fille Marie. Il est alors noté "propriétaire" au village de Bord, bien que, trois ans plus tard, présent au mois d'août, il ait été simple cultivateur à la Valaudy, commune d'Aulon. Propriétaire, colon ? En tous cas, François Gaspard Robinet n'était plus maçon

Les déplacements de Gaspard François Robinet en Creuse

Léonard Momet, fils de Barthélémy, n'a pas laissé de traces à la Chapelle Rablais. Cependant, sa présence y fut fort probable. Né en 1799, il était adolescent, puis jeune adulte, à l'époque où son père et son oncle travaillaient au village. Comme on est certain qu'il fut aussi maçon, son acte de mariage à Sourdun l'atteste, il dut faire son apprentissage auprès des membres de sa famille, donc venir comme "poulain" à la Chapelle Rablais.

Barthélémy Momet ne fait rien comme les autres. Du moins, son calendrier n'est pas celui des autres Limousins. Le 29 décembre 1813, bien après la Saint Martin d'hiver, terme le plus fréquent du retour au pays, Barthélémy est au Chaingy, Loiret quand Marguerite Cadillon accouche aux Billanges, dans la maison de Léonard Momet, père. En 1817, un passeport lui est délivré le 7 janvier, à Montereau, il venait de la Chapelle Rablais où il était connu: le maire lui avait délivré un certificat. Peut être avait-il décidé de ne pas revenir en Creuse cette année-là? Il n'en est rien, puisqu'il fait viser son passeport aux Billanges le 12 mars et que le 23 du même mois, le revoici à la Chapelle Rablais. Deux années successives, Barthélémy a quitté la Brie en janvier. On pourrait penser que des conditions météo favorables auraient permis de prolonger la saison de limousinage, ce qui n'était pas le cas: fortes gelées en décembre en 1816, et 1817.
Au printemps 1818, il ne semble pas voyager en même temps que son frère et Michel Pagot, qui arrivent à la Chapelle le 9 avril alors que Barthélémy est encore en Creuse le 5 et n'arrive que le 15. Il faut dire que cette année-là, Barthélémy déménageait des Billanges, Haute Vienne pour Marsac, Creuse. Il est probablement reparti avec son frère, début décembre 1818. Mais pourquoi a-t'il fait viser son passeport à Marsac en plein coeur de l'hiver, dès le 1° janvier 1819 "bon pour retourner à la Chapelle Rablais" alors qu'il n'est arrivé en Brie que le 25 mars ?
Ses dernières dates sont plus conformes au calendrier des maçons limousins: le 22 novembre 1819, Michel Pagot, Jean et Barthélémy Momet font établir un nouveau passeport à la Chapelle Rablais et retournent, l'un à Ceyroux, l'autre à Mourioux, le troisième à Marsac, communes très proches. Au printemps suivant, les deux frères plus François Pety voyagent de concert, à l'aller (visas tamponnés du 25 au 29 mars) comme au retour (nouveau passeport pour chacun le 11 novembre, pile le jour de la Saint Martin d'hiver). On perd la trace de ce groupe de maçons à l'automne 1820. Mais on retrouve Barthélémy en Brie, le 20 juillet 1835, pour le mariage de son fils Léonard à Sourdun, dans la région de Provins. A une époque ou l'on ne traversait pas la France pour assister à une noce, le père devait avoir continué le limousinage, ailleurs qu'à la Chapelle Rablais. A Sourdun, comme son fils?

Doc: traces de tous les maçons limousins à la Chapelle Rablais

Un petit groupe de maçons limousins, tous originaires de la même région proche de Bénévent l'Abbaye a limousiné à la Chapelle Rablais entre 1810 et 1820. Presque chaque année, ils venaient au printemps pour repartir à l'automne, par petits groupes. Aucun ne s'est fixé en Brie, tous sont retournés en Creuse, pour leurs vieux jours, ce que nous verrons un peu plus loin.

Départs et arrivées des maçons 1810/1820

Les Limousins sont venus en Brie par petits groupes et pas toujours les mêmes: en 1813, Jean Momet, Michel Pagot, Pierre Pradeau et Léonard le Roudier arrivent tous le 30 mars et repartent de concert vers le 20 novembre. En 1818, Jean Momet vient à la Chapelle Rablais avec Michel Pagot le jeudi 9 avril, mais sans son frère Barthélémy qui est encore en Creuse, le dimanche 5 du même mois, à moins qu'ils n'aient réussi à parcourir le trajet en cinq jours seulement, deux passages en mairie compris. L'année suivante, les deux frères sont accompagnés de Michel Pagot; en 1820, ils sont avec François Pety, à l'aller comme au retour. Ces petites bribes d'informations sont issues des visas des passeports que les maires apposaient au départ comme à l'arrivée; elles sont certainement incomplètes. D'autres déplacements ont peut être eu lieu, d'autres compagnons ont partagé la migration...

Voyages en groupes 1811/1851
Doc: les passeports des maçons

Quand ils sont arrivés à la Chapelle Rablais, les maçons étaient dans la force de leur âge. Jean Momet avait quarante ans, son cadet n'avait que trois ans de moins; Michel Pagot et Pierre Pradaud étaient de la même génération que les Momet; François Pety, François Gaspard Robinet, et Léonard le Roudier étaient les petits jeunes: entre vingt cinq ans et vingt huit ans. Ils avaient limousiné avant la Chapelle Rablais et ont certainement continué après.

Chacun avait son parcours, ses relations, sa vie privée qu'on ne connaîtra jamais... Pour ne pas oublier qu'il y avait des hommes derrière les documents d'archives qui les révèlent, j'ai associé une petite photographie de paysan-maçon italien du début XX° siècle à chaque maçon-paysan limousin du siècle précédent.

Quand il quitte la Chapelle Rablais, il a 47 ans, peut être fatigué comme on le verra plus loin. A-t'il continué? Les actes suivants ne permettent pas d'en juger. Il est bien présent à Mourioux en 1821 pour le mariage de sa fille, mais c'est pendant la mauvaise saison, en février comme presque tous les mariages creusois de l'époque; peut être est-il reparti aux beaux jours, peut être s'est-il fixé dans sa minuscule ferme d'Azat.

Les déplacements des frères Momet en Creuse

Barthélémy semble avoir été un forcené du travail. Les horaires des maçons, tailleurs de pierre, couvreurs, carreleurs, paveurs, terrassiers, charpentiers, etc.. fixés par une ordonnance de police du 26 septembre 1806 promettaient déjà de bonnes journées: "Du 1° avril au 30 septembre, elle commence à 6 heures du matin et finit à 7 heures du soir, avec deux repas, l'un de 9 à 10 et l'autre de 2 à 3 heures. En hiver, la journée commence à 7 heures du matin; elle se termine "au jour défaillant". L'unique repas, dans cette saison, a lieu de 10 à 11 heures."
François Husson : Artisans français étude historique. Les maçons et tailleurs de pierre. 1903-1906

"Celui qui habite Paris adhère généralement à la journée de dix heures mais le Limousin qui ne cherche qu'à faire des heures pour emporter l'argent de Paris au pays voudrait faire plus que ce qui est raisonnable."
Témoignage d'un maçon en 1891 cité par Alain Faure

"Nous possédons de nombreux renseignements sur l'utilisation des sommes économisées. Elles servent tout d'abord à rembourser les créanciers en effet, l'économie des campagnes migrantes repose sur le crédit avant de partir, s'il a une nombreuse famille, le maçon s'est entendu avec le meunier, le tailleur, le sabotier et les autres artisans, parfois même avec l'instituteur, pour que sa femme puisse bénéficier de crédit auprès d'eux pendant son absence bien entendu, les modalités du prêt varient en fonction de la situation financière de l'emprunteur." Alain Corbin

Barthélémy était encore en Brie en 1835, âgé de cinquante neuf ans, plus que probablement à limousiner d'un travail acharné. Il décéda l'année suivante. A la fin de sa vie, il bénéficiait d'une petite aisance: son inventaire fait état de 2.176,21 francs plus une valeur mobiliaire de 1.088,13 francs dont devaient hériter ses enfants Léonard, Marguerite et Anne Maumet (n'aurait-on pas oublié une seconde Marguerite?).; mais était-il propriétaire?
Table des décès, successions et absences Bénévent l'Abbaye, 3 Q 5/417

L'argent durement gagné lui avait aussi servi à marier, l'année même de son décès, sa fille Marguerite, appelons-la Marguerite 1, née en 1807, avec Louis Basmoreau du village de Leychamaud, Ceyroux. Le couple recueillera Marguerite Cadillon, veuve de Barthélémy jusqu'à son décès en 1849. Marguerite 2, née en 1813, se mariera en 1839, après le décès de son père. Anne, célibataire, sans profession, se mariera en 1847 à Saint Dizier Leyrenne à l'âge de quarante deux ans, officialisant certainement une union d'où était née une petite Marguerite, déjà âgée de huit ans.

Un mariage implique une dot pour la fille, mais aussi un apport pour le garçon, très souvent officialisés par un contrat de mariage. Ce document permettait de répartir les "richesses" en cas, très rare, de séparation, et servait le plus souvent, en Creuse, de testament.
Une partie du pécule du célèbre maçon Martin Nadaud, en plus d'éponger les dettes paternelles, fut consacré à la dot de sa soeur: "J'ai un autre souci, ta soeur Madeleine a vingt ans, on nous la demande en mariage. Il faut bien que nous lui constituions une petite dot." Mille deux cents francs "payables par 300 francs tous les deux ans". Martin Nadaud, Léonard, maçon de la Creuse 1889

Louis Basmoreau, veuf de Léonarde Baraud, propriétaire à Leychameau apportait une petite somme de deux cents francs, Marguerite Maumet, cultivatrice à St Chartrier, Mourioux, apportait une dot de cinq cents francs. Table des contrats de mariage, Bénévent l'Abbaye, 3 Q 5/407 pages 12 et 210.
A la Chapelle Rablais, au début du XIX° siècle, la moyenne des apports au mariage était un peu inférieure à mille francs, mais la province de Brie était réputée plus riche que la Marche...

Doc: mariages à la Chapelle Rablais 1789/1811

Comme tous les maçons limousins à la Chapelle Rablais de cette époque, les frères Momet étaient retournés au pays en fin de vie, là où leurs épouses, leurs parents, leurs enfants, avaient vécu. "La maladie du pays l'avait gagné, mais il était tellement délicat qu'il n'osait pas m'en faire l'aveu, car nous étions loin d'avoir payé nos dettes. "Allons, luis dis-je, il faut faire vos adieux à Paris, mon vieux Léonard..." Le père de Martin Nadaud avait cinquante quatre ans quand il posa enfin la truelle.

Après avoir suivi son père et son frère à la Rue, les Combes, les Groppes, la Ribière... Jean Momet avait acquis en 1810 au village d'Azat, commune de Mourioux "une maizon en très mauvais état et les deux mazures à icelle attenantes... les bûchers et autres dépendances attachées à icelle maizon et mazures... un jardin et chenevière letout attenant de contenance de quinze arres dix neuf centiarres" pour la modique somme de deux cents francs. 8 février 1810, minutes du notaire Michel Delage

Sur le cadastre de 1840, la maison appartient à la septième et avant-dernière catégorie, trois francs de contribution quand celles de première catégorie étaient cotées à 35 F. Sur les 206 maisons de la commune de Mourioux, vingt sept appartenaient à cette catégorie, et vingt six à la huitième et dernière, deux francs de contribution. Elle ne comportait que deux ouvertures, qui étaient comptabilisées pour le fameux impôt des "portes et fenêtres".
AD 23 Cadastre en ligne de Mourioux; atlas cadastral section A 3 P1904/3; matrice cadastrale 3 P 1358

Vers la fin de sa vie, il ne possèdait qu"un petit bordelage à nourrir une vache composé de bâtiments, jardin, chenevière, prés, terres et pacages, avec leurs dépendances ... le tout situé et répandu au territoire dudit lieu d'Azat...". Le terme "bordelage" n'était plus utilisé depuis bien longtemps, ayant correspondu à des rapports très particuliers entre le propriétaire par le métayer:
"Bordelage: ancien mode de tenure du sol, en usage principalement dans le Nivernais et le Bourbonnais. La rente due par le preneur était payable en argent pour les prés, les bois et les vignes; en blé pour les terres labourables; en plume, c'est à dire en volaille, pour le bétail.
"
Dictionnaire Larousse 1927 en 6 volumes.

Les paiments en nature n'étaient pas l'exclusivité du bordelage. Le bail de la ferme du Mée, à Saints, appartenant à la famille de l'ancien curé de la Chapelle Rablais, semble tout droit sorti du Moyen Age, alors qu'on est en 1792: "Louée à Charles Henry Sassinot et Marie Poteau, sa femme, moyennant 2.150 livres en deniers, en trois payements, 8 fromages à la crême et au grand moule; un jambon de derrière; un septier d'orge, mesure de Coulommiers." Quelques années plus tard, le bail est confirmé: "2 fromages, 2 paires de chapons, 1 paire de canards, 8 boisseaux d'orge, 30 livres de beurre, 12 livres de laine, 2 voitures de fumier, 3 voyages du Mée à Coulommiers à ma volonté."
Livre de raison d'Antoine Fare Huvier AD77 195 J 18

Doc: quelques pages de "journal de mon avoir" d'Antoine Huvier 1755/1836

"... le bordelage présentait des analogies avec le servage. Ainsi les biens tenus en bordelage ne se transmettaient qu'en ligne directe; les collatéraux ne pouvaient les recueillir que s'ils vivaient en communauté ou en société de biens avec le bordelier au moment de son décès. Mais le bordelier restait une personne libre." Dictionnaire de l'Ancien Régime PUF

Est-ce la vétusté de la fermette qui la fait qualifier d'un terme aussi daté que "bordelage", n'avaient-ils pas restauré la " maizon en très mauvais état" acquise plus de vingt cinq ans auparavant?

L'inventaire succinct de leurs biens s'élevait à la somme de cent quatre vingt dix neuf francs, y compris "une vache estimée soixante francs, plus dix brebis avec leurs agneaux, le tout estimé vingt francs".

deux lits de plume de volaille garnis de leurs traversins, couverture, châlit et bois de lits, estimés soixante francs.
une crémaillère, une table, deux bancs et deux chaises, le tout estimé six francs
une commode garnie des ses ferrements et un coffre fermant à clef, le tout évalué quinze francs
un chaudron de cuivre rouge et une marmite de fonte, les deux objets estimés quatre francs
une platine de fonte (poèle) avec sa palette de bois estimée deux francs
un cuvier et un pot de lessive estimés vingt francs
une tranche (houe), une bêche, une grande hache et une hache à main, le tout estimé six francs
deux pots de terre, quatre écuelles de terre, cinq cuillers d'étain et cinq fourchettes de fer et une cuillère de fer, le tout avec un scieau et un gaudé estimé cinq francs
26 février 1837 AD 23 6E 4508 minutes du notaire Guillaume Bouttelas

Dans les outils, il y a de quoi couper du bois; pour les champs, une simple bêche, une houe, aucune charrue ni outil tracté... Il semble manquer le matériel pour travailler le chanvre, celui pour les "bleds", une faucille pour les céréales, une faux pour l'herbe (comment vache et brebis auraient-elles passé l'hiver sans foin?) ne sont pas mentionnées. Une faux valait fort cher à l'époque, voir le dossier sur les moissonneurs migrants: "Soyeurs, piqueurs, sapeurs et autres calvarniers; faux, faucille ou sape ".

Faux, faucille ou sape...

La page est déjà fort longue, faisons une pause avant de découvrir plus précisément les propriétés de Jean Momet et Léonarde Cadillon...

Quelques braves moutons paissant dans les friches du village d'Azat.
Avant d'officialiser les fiançailles, les beaux parents de Martin tinrent à s'assurer de la solidité financière de la famille Nadaud, mise à mal par des dettes dues à une faillite en région parisienne: "Pourtant, avant d'arriver à ce point, la famille Aupetit désirait prendre un jour pour faire chez nous "las vudas", c'est à dire, jeter un coup d'oeil sur notre maison, nos prés, nos terres... On parla du montant de la dot. Mon futur beau-père donnait 3.000 francs à sa fille, payables par quatre cent francs chaque année, ainsi que le mobilier, armoire, linge, six brebis et leurs agneaux."
Sur ce plan cadastral du village d'Azat, commune de Mourioux, la maison, sa cour, son jardin et dépendances proches occupent les parcelles 81, 82 et 84. Une chenevière, une petite terre et un pré jouxtaient au Sud la masure cotée 95; voir plus bas.

Manque aussi la "teilleuse" ou broyeuse, destinée à assouplir les longues tiges du chanvre pour en extraire la fibre. Manqueraient aussi un peigne, des fuseaux, peut être un rouet...
Plus tard, Jean et Léonarde posséderont une minuscule pâture et un petit pré, aux abords d'un étang, dont le déversoir servait peut être à rouir le chanvre issu de la petite chènevière "Au cours du rouissage, les fibres se détachent de l'intérieur de la tige, partie ligneuse, qu'on nomme alors "chénevotte".. "
Extrait du site ci-dessous

Lien externe: le chanvre

Les valeurs mobiliaires sont comparables à celles relevées à la Chapelle Gauthier en 1808, lors de l'inventaire après décès d'un voiturier thiérachien qui, bien que possédant une bonne somme en numéraire, vivait dans des conditions plus que spartiates. On notera, en comparant inventaire et vente, que le "meuble" le plus cher du débardeur, et de loin, n'était pas en bois, mais en laine: une couverture, estimée douze francs, vendue pour la somme de trente francs, valeur de quinze brebis. De même chez les Momet, où la literie, soixante francs, représente exactement la moitié de la valeur de tout le mobilier. Notons tout de même la présence d'une table et d'une commode, que le voiturier ne possédait pas. Voir aussi la 29° page du dossier sur les voituriers où est décrite la maison de Nicolas Pupin et évoqués les "progrès" dans le mobilier.

Doc: inventaire après décès d'un voiturier thiérachien
Doc: vente aux enchères après décès d'un voiturier thiérachien
Les voituriers thiérachiens: du nomade au résident

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Pierre Bougard n'a pas laissé beaucoup de traces. Il est décédé le 6 janvier 1810 "en la maison de François Henry, cabaretier aux Montils". Il était âgé de soixante neuf ans, âge fort avancé pour un maçon. Il était "veuf en premières noces de Jeanne Dubrulle décédée au bourg d'Olon", en fait, Jeanne Dubreuil, décédée le premier janvier 1792 à Aulon, Creuse. L'inhumation de Pierre Bougard n'a été suivie par aucun maçon, seul le cabaretier et un voisin ont témoigné. On peut se demander ce qu'il faisait en janvier à la Chapelle Rablais, logeant dans une auberge. la Chapelle Rablais AD 77 5 Mi 2830
Un autre Bougard, lui aussi marié à Aulon, est mort, la même décennie, en Gâtinais, à Bransles où l'officier municipal note: "décédé dans notre commune en retournant dans sa patrie", ce qui est inhabituel en septembre. Bransles, 3 vendémiaire an XIII AD77 5 Mi 603
Bransles, entre Montereau et Montargis est sur un chemin probable entre la Brie et la Creuse. On ne peut affirmer qu'il venait de notre région, mais, comme pour son homonyme, des liens familiaux sont possibles entre leurs épouses et des maçons avérés à la Chapelle Rablais: Jeanne Dubreuil, épouse de Pierre Bougard pourrait être de la famille de Jean-1 Jean-2 et Léonard Dubreuil, fils de François décédé à Rozay; Marie Delisle, femme de Léonard Bougard porte le même nom qu'Antoine Delisle qui se fixera à la Chapelle Rablais...
Gaston Vitte
en Brie dès 1789