L'assassinat du garde Dissous
par un braconnier en forêt de Villefermoy 1868

L'Inspecteur de la forêt de Villefermoy, de la Rüe, regrette d'avoir emmené avec lui le garde Dissous, qui avait montré ses talents pour l'élevage des canards. "Il s'agissait de trouver un garde intelligent, capable et s'entendant bien surtout à l'élevage du nouveau gibier qu'on voulait propager... Mon coeur se serre en me rappelant les promesses que je crus devoir faire à Dissous, pour le décider à accepter l'emploi avantageux que je lui offrais. Ah que n'ai-je pressenti alors que ce bien être, que ce bonheur relatif que je faisais miroiter aux yeux de cette famille aboutiraient à un drame sanglant, à une mort cruelle qui ferait une veuve et trois orphelins! Je n'anticiperai pas sur ce triste évènement, le point le plus noir peut-être de ma vie de forestier je le raconterai plus tard." ce qu'il fit dans son livre Les chasses du second Empire, 1852-1870, publié en 1882:

"Dans la journée du 14 août 1868, une dépêche du ministère de l'intérieur avertissait la gendarmerie qu'une bande de braconniers, sortie de Paris, devait exploiter dans la nuit du 15 les environs de Mormant, chef-lieu de canton situé à 14 lieues de Paris, sur la ligne de Mulhouse. Je fus averti par les gendarmes qui prévinrent également les principaux propriétaires du pays, qui ont les chasses les plus giboyeuses de France. Tout le monde était sur ses gardes. Je donnai des ordres en conséquence. Le garde général de Villefermoy avait organisé un service extraordinaire de nuit, en vue de surveiller plus particulièrement les bordures de la forêt, car c'était, croyait-on avec raison, à des panneauteurs qu'on aurait à faire (rabattent le gibier vers des filets). Il était également évident que les braconniers pensaient pouvoir exercer leur coupable industrie avec d'autant plus de quiétude, qu'ils savaient très bien que le jour de la fête de l'Empereur, les gardes champêtres avaient l'habitude traditionnelle de manifester leur enthousiasme patriotique plus souvent au cabaret qu'en faisant des rondes de nuit dans les champs. Le 15, vers huit heures du soir, le garde Dissous, celui-là même que nous avons vu à Rambouillet chargé de l'élevage des canards et qui, par attachement, pour moi, avait demandé à passer dans mon inspection, sortit de chez lui, le fusil sur l'épaule, pour se rendre au rendez-vous qui lui avait été assigné, et où il devait trouver plusieurs de ses camarades; il suivait la lisière de la forêt, qu'il avait à sa gauche; à droite était la plaine. A cinq cents pas de sa demeure, il vit une masse noire dans un chaume d'avoine. Il faisait très obscur; le temps était à l'orage le tonnerre grondait déjà dans le lointain. Dissous marcha droit vers cet objet; cette masse noire n'était pas autre chose qu'un homme qui, à son approche, se baissa en criant "Passe au large" Le garde ne tint pas compte de cet avertissement, hélas! devenu classique; il alla bravement vers celui qui, croyait-il, ne voulait que l'intimider. Arrivé à moins d'un mètre du braconnier, celui-ci fit feu. Le garde reçut le coup en pleine poitrine; sa carnassière tomba, la banderole était coupée, la plaque était noircie, bleuie par la poudre. "

"Dissous riposta; ses deux coups ratèrent! Quand donc nos gardes auront-ils des fusils à cartouches? Le braconnier s'était enfui en se courbant, sans doute pour mettre sa tête à l'abri du plomb; il disparut dans l'ombre. Dissous eut la force de regagner le poste de Grandvilliers malgré l'énormité de son horrible blessure; il tomba deux fois durant le trajet; il crut qu'il n'arriverait pas. Lorsque sa femme le vit dans cet état, elle alla de suite prévenir le maire, qui habite une campagne située à trois cents pas environ de la maison du garde (Grandvilliers) . Son domestique vint m'annoncer l’événement. A neuf heures et demie, j'étais auprès du blessé, accompagné du médecin du village et du garde général. Le garde était étendu sur son lit; le sang sortait par bouillons de son énorme blessure; il souffrait horriblement et poussait des cris affreux; sa femme, ses enfants se lamentaient. C'était déchirant! Un violent orage venait d'éclater; la lueur sinistre des éclairs rendait, par intermittence, cette scène plus épouvantable encore. Jamais le feu du ciel n'a éclairé un plus émouvant tableau.

C'était le troisième garde que je voyais assassiné de la sorte. Pourquoi rougirais-je de l'avouer? Dans ce moment, le cœur brisé, j'ai éprouvé un besoin impérieux de vengeance. En dix minutes j'avais expédié quatre dépêches au parquet de Melun, aux gendarmes du Châtelet, de Nangis et de Mormant je recommandais que l'on gardât les gares à vue. Pendant ce temps je chargeai le garde général d'aller de suite arrêter et interroger les quatre braconniers les plus mal famés du village. Cela fait, je revins auprès de la victime. Le médecin me dit que Dissous n'avait peut-être pas deux heures à vivre; le malheureux continuait à pousser des cris déchirants. J'attendais, j'épiais un moment de répit, espérant un signe, un mot; ce mot tombé de sa bouche, me disais-je, ce sera la parole de Dieu, ce sera la vérité, ce sera sa justice. Un court moment de calme vint en effet, mais hélas! mon pauvre garde n'avait rien reconnu; il avait vu sans voir; venant d'être frappé à mort, il préférait mourir sans rien dire, dans la crainte de se tromper. Le lendemain, de bonne heure, le procureur impérial et le juge d'instruction étaient auprès du lit du patient. Le brave Dissous a répondu à toutes les questions qui lui ont été adressées avec un courage et une énergie qui ont fait notre admiration. Dissous est mort dans la matinée du mercredi. Une foule considérable a énergiquement protesté, par sa présence, contre l'assassinat du garde de Grandvilliers. Le comte Greffulhe, M. Alexandre Tattet, le comte Martin du Nord, le vicomte Aguado (bénéficiaire du droit de chasse à Villefermoy avant le Prince Napoléon), le comte de Bonneuil, avaient envoyé leurs gardes; plusieurs de ces messieurs assistaient à la triste cérémonie. Comme toujours, le grand veneur et le directeur général des forêts de la couronne, avec leur inépuisable sollicitude pour les gardes, sont allés au-devant des premiers besoins de la veuve. S. A. I. le prince Napoléon, que j'avais informé de l’avènement, a fait donner immédiatement l'ordre d'armer, à ses frais, d'un fusil Lefaucheux, tous les gardes de la forêt de Villefermoy. (bénéficiaire du droit de chasse à Villefermoy à partir de 1865)

Je laisse maintenant à mon excellent ami le marquis de Cherville le soin de raconter les péripéties du procès qui a été jugé aux assises de Melun:

Le 1er décembre au soir, le jury de Seine-et-Marne a rendu son verdict. Reconnu coupable d'avoir assassiné le garde forestier Dissous, Alphonse Remy a été condamné à la peine des travaux forcés à perpétuité, les jurés ayant admis les circonstances atténuantes. Nos lecteurs n'ont pas à redouter que nous entreprenions un compte rendu circonstancié de cette cause célèbre du braconnage, nous essayerons seulement de donner une physionomie nouvelle à cette affaire, d'en révéler certains détails caractéristiques. Non seulement ces détails nous paraissent présenter un véritable intérêt, mais il nous semble utile de mettre en lumière la ruse, l'habileté très réelles que les malfaiteurs de cette catégorie déploient dans leur lutte contre la justice.

Reprenons les faits d'un peu plus haut, sans toutefois raconter de nouveau le meurtre de la nuit du 15 août dont l'inspecteur de la forêt de Villefermoy vient de faire le récit poignant. Commençons par esquisser le portrait de l'assassin Alphonse Remy est âgé de trente-trois ans. Sa taille est au-dessus de la moyenne; son organisation musculaire n'a rien d'exagéré; il est maigre, mais cette maigreur est précisément le type d'une agilité et d'une force entretenues et développées par des marches quotidiennes en effet, cet homme passait pour un des meilleurs marcheurs du pays; "ses os sont en baleine", nous disait un paysan. Sa figure est plus intelligente que ne l'est ordinairement celle des hommes fatigués par les travaux des champs. Les cheveux châtains, épais, sont bien plantés; l'œil est vif, perçant, très mobile, prompt à l'étincelle, allant jusqu'à la flamme; mais le front est bas, un peu fuyant. Il y a tout un programme d'appétits grossiers dans les pommettes démesurément élargies; le bas du visage corrobore ces indices, le menton est saillant, presque en galoche; la lèvre qu'on entrevoit sous une moustache rousse, mal fournie, est tordue sur la gauche; elle grimace l'ironie aussitôt que son propriétaire s'anime. La fatalité semble peser singulièrement sur certaines familles. Il y a vingt ans, l'oncle de Remy, le frère de son père, était condamné aux travaux forcés, après avoir été convaincu d'avoir assassiné un garde, par ce même jury, et dans cette même salle des assises du département de Seine et Marne. M. le procureur impérial a fort éloquemment invoqué ce lugubre souvenir dans l'exorde de son réquisitoire. «Ce malheur eût dû inspirer l'horreur du braconnage, de la chasse même, à cette famille si sévèrement frappée. Il en fut ainsi, en effet, pendant longtemps mais les saines résolutions cédèrent aux entraînements de la passion. Jusqu'à l'âge de trente ans, Remy avait travaillé chez son père, cultivateur à la ferme des Bouleaux, appartenant à M. A. T*** (Tattet) il s'y était montré ouvrier laborieux et actif. (inexact: La famille Remy exploitait la ferme de l'Heurtebise, appartenant aussi à M. Tattet, la ferme des Bouleaux étant gérée par Octavien Bouly) Mais il n'eut pas plutôt lâché la bride à ses instincts, que leurs conséquences se traduisirent par le dégoût du travail manuel et des appétits de dissipateur. Alphonse Remy avait abandonné l'agriculture, trop absorbante, pour se livrer au jardinage; sa profession nouvelle le rendait indépendant, elle lui fournissait des prétextes pour visiter fréquemment les marchés; en outre, la situation du jardin qu'il cultivait favorisait singulièrement ses expéditions braconnières. Ce jardin était situé à 500 mètres environ du village, entre ce village et la forêt de Villefermoy. Remy y habitait une cabane de berger qu'il remplaça par une maisonnette. Dans ce repaire, il pouvait aller et venir sans être remarqué. Cet établissement l'avait endetté: location du terrain, construction de la maison, il devait tout; il se livrait à des expéditions presque quotidiennes, exploitait jour et nuit, non seulement les terres giboyeuses des Bouleaux, mais la forêt de Villefermoy, dont cette terre forme les lisières et qui n'est pas située à plus d'un kilomètre du jardin que cultivait Remy. Non seulement il affûtait, soir et matin, le gibier de la liste civile, mais il s'aventurait dans les bois en plein jour. Tantôt posté au pied d'un chêne et y attendant les chevreuils, tantôt les quêtant à la surprise avec une audace qui confond l'imagination. En même temps, son caractère assez affable et assez doux se modifiait sensiblement. De gai, de poli qu'il avait été jusqu'alors, il devenait irascible et violent. Comme tous ses pareils, il se répandait en invectives contre les agents de répression. Un jour, il déclara au garde de M. T* (Tattet) que s'il osait lui faire un procès-verbal, il n'en dresserait jamais un autre. Après le crime commis, Alphonse Remy n'a pas été abandonné par son sang-froid, même pendant une seconde. Dissous est à peine tombé que l'assassin, qui fuit, n'a qu'une pensée, qu'une préoccupation celle de se ménager un alibi. Les calculs, les dispositions de ce tacticien sont si justes, ses prévisions si parfaites que bien peu s'en est fallu qu'il n'y réussît. En quinze minutes, au plus, il a franchi les 2,400 mètres qui séparent le théâtre du crime de la maisonnette isolée, il a caché son fusil dans son lit, changé de costume, de souliers, et il s'est rendu chez la Bobinette, une femme du village de la Chapelle-Gauthier avec laquelle il entretenait des relations fort suivies. Nous connaissons l'homme, voyons-le à l'œuvre. Le forestier Dissous est frappé à huit heures vingt minutes du soir. C'est là qu'à dix heures du soir, lorsque l'énergique insistance de l'inspecteur de la forêt a décidé le maire à opérer immédiatement des perquisitions chez tous les braconniers du pays, c'est là, dis-je, que ce magistrat et le garde général qui l'accompagne trouvent Alphonse Remy couché et dormant, ou faisant semblant de dormir. La Bobinette est interrogée elle répond que Remy est arrivé chez elle à huit heures moins cinq minutes. La sœur et le beau- frère de Remy, qui habitent dans le voisinage, confirment l'assertion. Le meurtre ayant été commis à huit heures vingt minutes environ, l'alibi semble irréfragablement établi. Remy fut sommé d'assister à la perquisition domiciliaire que l'on allait pratiquer dans sa demeure; on y découvrit le fusil fraîchement déchargé d'un seul coup. Mais il avait réponse à tout; il raconta que le matin il avait tiré une hirondelle. En inspectant les dehors de l'habitation, le garde général remarqua, sur le sol détrempé par la pluie qui tombait à torrents, l'empreinte de gros souliers dont le braconnier se servait à la chasse. Ces traces étaient récentes, puisqu'il y avait deux heures à peine que l'orage s'était abattu sur la contrée; les pas se dirigeaient vers la maison, ils marquaient une rentrée. La sortie se voyait à côté, mais les empreintes que celle-là avait laissées, étaient celles de chaussures plus légères. Ces chaussures, Remy les avait aux pieds. Évidemment il les avait échangées depuis le commencement de l'orage. Quant aux gros souliers, on les chercha vainement, on ne les retrouva ni ce soir-là, ni plus tard. On saisit tous les ustensiles de chasse de l'accusé, poudre, plomb, carnassières, etc. Ainsi donc, on parvint à établir que, dans la soirée, depuis la pluie, Remy était rentré, puis ressorti de sa demeure, que son fusil avait été récemment déchargé, mais c'était tout. Il n'en fut pas moins arrêté le lendemain et écroué dans la prison de Melun. Le garde Dissous, interrogé par le chef du parquet, ne put donner aucun renseignement sur son meurtrier, que l'obscurité l'avait empêché de reconnaître. Remy, de son côté, niait énergiquement avoir été à l'affût; il soutenait, et les témoins corroboraient son dire, qu'après avoir dormi dans sa maison, il s'était rendu tout droit chez la Bobinette, où il serait arrivé avant huit heures.

Sans méconnaître un seul moment le zèle courageux et la haute intelligence de la justice, on peut croire que l'assassinat de Villefermoy se fût classé parmi les affaires éternellement ténébreuses, si le parquet n'avait pas trouvé, sur le théâtre même du crime, d'intelligents et de persévérants auxiliaires parmi les collègues et les supérieurs du malheureux forestier qui venait de succomber. Dissous était le troisième garde que l'inspecteur, M. de la Rüe, voyait frapper sous ses yeux; il se trouvait atteint, à la fois, dans sa sympathie très vive pour son subordonné et dans le sentiment si puissant et si honorable de l'esprit de corps; il comprenait que l'impunité d'un pareil forfait exercerait une fâcheuse influence sur le moral des autres gardes; pendant trois mois il se voua, corps et âme, à la tâche d'éclairer la justice; il y réussit, il parvint à renouer les anneaux de la chaîne adroitement rompue. Plus de six semaines après l'attentat, il apprit que Remy avait été à Melun avec la Bobinette, le 14 août, c'est-à-dire la veille du crime. Pour franchir l'octroi, il était descendu de voiture un panier à la main. Le procureur impérial fut immédiatement informé de cette circonstance, en apparence insignifiante. Interrogé, l'accusé pâlit, parut en proie à une grande émotion et il s'écria "Je suis trahi, je dirai tout." Il supposait certainement que la femme Bobinette avait fait des aveux et que ces aveux ne s'arrêtaient pas à ce détail. Il confessa alors que le panier qu'il portait, en allant à Melun, contenait deux faisans qu'il avait vendus; et puis encore qu'il avait été à l'affût dans la soirée du crime, qu'il n'avait pas tiré d'hirondelles le matin, mais deux faisans, à ce dernier affût, que c'était à neuf heures, et non pas à huit qu'il était arrivé chez la Bobinette. Il portait ainsi lui-même le premier coup à l'alibi sur lequel il avait compté pour se disculper. Sur ces entrefaites, l'inspecteur fut informé que le prisonnier avait trouvé moyen de faire passer secrètement une lettre à son frère. Cette lettre, celui-ci l'avait détruite, mais le commissionnaire l'avait lue par-dessus son épaule et en avait retenu, sinon le texte, au moins le sens. Dans cette lettre, Remy recommandait à la femme Bobinette de maintenir ses déclarations premières, au berger de son frère de déclarer que ce dernier l'avait, vu à l'affût à la Gueule aux-Loups, et non pas dans les environs de l'endroit où Dissous avait été assassiné. Les probabilités se corsaient de plus en plus, toujours encore les éclaircissements venaient de ce système d'informations minutieuses sur des actes en apparence indifférents, auquel l'inspecteur s'était attaché. Instruit de la publicité inattendue qu'avait reçue sa correspondance, Remy manifesta un trouble plus grand encore que lors de l'interrogatoire précédent. Il convint qu'il vivait de braconnage, qu'il allait presque toutes les nuits à l'affût; puis, comme tous les coupables, lorsqu'ils sentent s'abîmer sous leurs pieds l'échafaudage de leurs mensonges, il battit la campagne, chercha à faire tomber les soupçons sur d'autres braconniers qui justifiaient, eux, de l'emploi de leur temps. A l'audience, il ne fut pas plus heureux. II avait fait assigner trois témoins à décharge. Ces femmes devaient, selon lui, affirmer qu'elles l'avaient vu rentrer dans le village; mais elles déclarèrent qu'il était plus de huit heures et demie lorsqu'il avait passé devant elles. Toutes les trois affirmaient qu'il avait un panier au bras il commença par le nier énergiquement, puis remarquant le fâcheux effet que ses dénégations produisaient sur l'auditoire, il l'avoua, et prétendit que ce panier contenait les deux lapins qu il venait de tuer à l'affût, oubliant que précédemment il avait déclaré avoir donné ces deux lapins à ses chiens, en rentrant chez lui pour changer de vêtements. Les experts constatèrent que, dans le plomb saisi chez l'accusé, ils avaient trouvé un certain nombre de grains semblables à ceux qui avaient été extraits de la plaie du garde Dissous. Les contradictions de Remy, autant que les preuves de sa culpabilité, éclairèrent suffisamment le jury. Il fut condamné malgré les généreux efforts de son avocat. Les crimes de cette catégorie restent souvent et fatalement impunis leur théâtre est éloigné des habitations, les ombres de la nuit couvrent également le meurtrier qui frappe et la victime qui tombe; de longues heures s'envolent toujours entre l'attentat et la découverte; et ces heures, le coupable sait les mettre à profit. La pratique du braconnage a été, pour le meurtrier lui-même, une excellente école de ruse et de dissimulation; sa vie se passe quotidiennement à déjouer la surveillance des gardes, il y réussit souvent il est donc armé de toutes pièces. Quant aux preuves matérielles, elles manquent presque toujours à ce crime, commis dans des conditions exceptionnelles, il faut une instruction également exceptionnelle."

Les chasses du second Empire, 1852-1870 par Adolphe de la Rue 1882 pages 219 à 233

Un exposé sur ce sujet a été présenté au colloque HisTraFor 2015. ONF dossiers forestiers N°28


  Le château détruit de la Maison Rouge (Tattet)

  Traces de la famille Tattet

  Les documents, page des choix

  Page d'accueil du site

Témoignages chez le notaire Robert, des gardes qui devaient accompagner le défunt: "M. Jules Emile Grière, garde particulier de M. Lange, demeurant à Grandvilliers, commune de la Chapelle Gauthier & M. Auguste Casimir Pradier, garde sédentaire des forêts de la Couronne, demeurant à la Chapelle Gauthier, lesquels ont par ces présentes déclaré & attesté comme étant de notoriété publique les faits ci après relatifs au crime ayant causé la mort du sieur Louis Saturnin Dissous, en son vivant garde forestier, demeurant au poste de Grandvilliers, dépendance de la forêt de Villefermoy, commune de Fontenailles, assassiné dans l'exercice de ses fonctions..." L'an mil huit cent soixante huit, le vingt six septembre.

Une bande de braconniers venus de Paris avait été signalée, s'apprêtant à chasser dans les bois proches de Mormant, le 15 août 1868. Ce soir-là, un garde de la forêt de Villefermoy fut assassiné. On arrêta bientôt l'un des "quatre braconniers les plus mal famés du village", fils du fermier de l'Heurtebise, bien que ne faisant, à l'évidence, pas partie de la bande signalée. Il avait eu le tort de sortir en forêt, ce même soir...