Provins le canal inachevé
Arrêt des travaux

Recherches, iconographie: Michelle Marc
Transcritpion et choix des textes,iconographie,
mise en page: Jean Bernard Duval
"Le Prince de Salm ... est venu, avec un appareil imposant rouvrir les travaux à la tête d'un millier d'ouvriers qui ont coupé, creusé, fouillé les terres ... mais ces malheureux, frustrés de leurs salaires et exposés tout à la fois aux rigueurs de l'hyver de 1784 & à la disette qui en a été la suitte, sont devenus une première surcharge et un fléau pour le canton... Les travaux ont donc langui et cessé et pour tout résultat il ne reste que des traces de destruction, des excavations multipliées, de ruines de terreins précieux défoncés, bouleversés ou couverts de bois et de matériaux.. "

" ..Les eaux de cette vallée qui jadis suivoient le cours de la rivière, se sont dispersées et perdues dans les fosses multipliées qui sont faites, et leur stagnation a mis le comble au malheur du Pays; elle a infecté l'air et produit une maladie épidémique affreuse, qui sous peu changera cette petite, mais fertile vallée en un désert inhabitable...

...Sur 5.000 habitans, il y en a les trois quarts au lit. Il en est mort plus de 500 depuis le premier janvier: l'apreté de l'hyver n'a même pas été capable de purifier l'air et d'arrêter la contagion...
... Chez les Capucins, il ne reste plus qu'un Prêtre en état de dire la messe. Il en est de même chez les Cordeliers. De 4 curés, il n'y en a que deux qui puissent encore vaquer à leurs fonctions. Chez les Bénédictins et dans deux Chapitres de la ville, les uns sont morts, les autres sont malades. De trois chanoines desservant l'Hôtel Dieu, l'un est mort et les Deux autres sont malades..."
Mémoires du baron de Breteuil
Bibliothèque de Provins, fonds ancien ms 145

"Les travaux ont commencé en 1781, & ont été poussés avec activité pendant trois ans ; ils ont été suspendus depuis l’année 1784, & n’ont pas été repris depuis."
Supplique du Conseil Général de la Commune de Provins à l'Assemblée nationale, pour l'achèvement de son Canal, dit Canal Royal de Provins.

"On creusa d’abord un Bassin auprès des murs de la ville de Provins. Onze écluses ont été établies. Trois sont presque achevées: & quatre sont à- peu- près fouillées. Le Canal est fouillé à la distance de trois lieues. Reste une lieue de terreins à fouiller & à acquérir…"
Mémoire sur le Canal de Provins Michelin 1790 Bibliothèque de Provins, fonds ancien Cote ms 145

"J'ai reçu Citoyen la lettre que vous m'avez écrite le 28 Floréal relativement à l'Aqueduc qui a été provisoirement construit, pour introduire les Eaux de la Voulsie dans le Bassin du Canal; il étoit déjà en très mauvais état; les madriers dont il est recouvert étoient tellement pourris, que je suis étonné qu'ils aient résisté jusqu'à ce moment, il est donc essentiel de pourvoir à son rétablissement afin de prévenir les accidents auxquels sa chute pourroit donner lieu. Le 30 floréal l'an second de la République française une et indivisible le 19 mai 1794."
Copie de la lettre du sieur Michelin au sieur Langlois, directeur général du Canal de Provins à Provins Bibliothèque de Provins, fonds ancien

Dès 1780, les critiques n'avaient pas manqué: "On n'apperçoit point qu'il ait été fait préalablement à l'obtention de ces arrêtés et Lettres patentes, une information de Commodo & incommodo absolument indispensable en pareil cas." Le plan n'avait pas été communiqué au public, ni déposé au greffe du Baillage, de la Ville ou Maîtrise de Provins, l'expertise des terrains et la fixation des prix à payer aux propriétaires expulsés n'avaient pas établis avant le début des travaux "qui exposent les propriétaires à des variétés ou à des caprices très incertains et trop domageables pour que l'incertitude puisse subsister."

"Qu'en permettant indistinctement de prendre les moulins, constructions, Etangs, Bois et autres objets, c'est admettre la ruine totale du pays... Le Roi est-il en droit d'ordonner cette distraction de mouvance par puissance réglée, comme parlent les anciens auteurs, si un Seigneur mécontent de voir ses mouvances lui échaper, seroit en droit de s'i opposer et de refuser l'indemnité."

Enfin, l'ampleur des travaux semble disproportionnée au résultat escompté: douze toises de largeur d'emprise sans compter la largeur du Canal semblent trop considérables, alors que celle des canaux de Briare et du Loing n'est que de deux perches de chaque côté "Ces canaux ont une supériorité d'utilité avec celui proposé, puisqu'ils servent de débouché aux Provinces d'Auvergne, Forez, Bourbonnois, Nivernois, Berry, Lyon, Provence, Dauphiné et la Bretagne. Quelle comparaison avec le service d'une ville très médiocre!"

Observation sur les lettres patentes obtenues au Conseil le 19 avril 1780
pour la construction d’un canal à Provins Bibliothèque de Provins, fonds ancien, cote ms 145

"Si la connoissance du local eut été prise, elle auroit présenté pour cette construction des difficultés démontrées, sinon insurmontables, Effrayante pour le succès, et qui ont précédemment fait échouer plusieurs projets de ce Canal."

De plus, la possession des droits sur le Canal était contestée par une héritière de l'un des anciens entrepreneurs, qui avait tenté de reprendre les travaux en 1741, lui même petit fils du sieur Dubuisson, promoteur en 1665:
..."Mademoiselle Godot soutient que dans l'état actuel des choses, elle est & demeure seule propriétaire de ce Canal.... Elle soutient avec la même confiance, que le prince ne pourroit pas lui contester la moitié de la propriété du Canal de Provins... Ladite dame & les sieurs ses associés ... renoncent, dès à présent, à faire avec qui que ce soit aucun traité, soit d'association, soit seulement de cession d'intérêt, qu'il ne soit, sur icelui, fait un fonds, au moins suffisant, pour subvenir au remboursement de 8.157 £ 18 s 8 d…"

Mémoire instructif concernant les droits de Melle Godot au Canal de Provins, fonds ancien ms 145

Le sieur Dubuisson et le prince de Salm- Kirbourg, dépensèrent " 1.466.000 livres pour acheter les terrains et commencer les travaux. Ce projet avait été si mal conçu, qu'après avoir été abandonné, les experts ont procédé le 14 mars 1792 à une estimation générale, qui ne s'est élevée qu'à la somme de 544.853 livres, 3 sous. "

FA Delettre, Histoire du Montois t2, pp 30/31 Nogent sur Seine, imprimerie de Raveau 1850

"Mais les énemis du bien public ont imaginé tous les moyens de nuire aux opérations. Les employés du Canal, conduits par de mauvais génies, ressembloient aux ouvriers de la Tour de Babel, qui ne s'entendoient pas."

"L'on ne retracera pas ici, la mauvaise conduite de cet architecte infidel (sans rien dire de plus) qui a été vue de toute la ville...Le citoyen Fabre et ses associés reconnurent le tort qu'il avoient eu de n'avoir pas conservé le citoyen Langlois pour Directeur général…"

Les travaux sont mal faits, on accuse tout le monde; mais, comme bien souvent, le principal coupable est le lampiste, car, curieusement, ni dans les textes de l'époque, ni dans les documents postérieurs, la lourde responsabilité du Prince de Salm n'est détaillée.

Michelin Mémoire sur le Canal de Provins 1790
Bibliothèque de Provins, fonds ancien ms 145

Mémoire des Co associés au Canal de Provins du quatre prairial an deuxième, 23 mai 1794 Bibliothèque de Provins, fonds ancien ms 143

Les travaux étaient arrêtés, cependant les droits sur le Canal continuaient à s'exercer:
Patente de procureur fiscal
au Canal de Provins
du 12 janvier 1785
"Déclarons que sur le bon Rapport qui nous a été fait & la Capacité Prudhommie & bonnes mœurs du Sieur Jean Fiacre Victor Guillard, nous l'avons nommé et constitué, comme par les présentes, Nous le nommons et constituons Procureur fiscal de Notre Justice du Canal de Provins...
"signé: Frédéric Prince Régnant de Salm Kyrbourg
manuscrit Bibliothèque de Provins,
fonds ancien Ms 143

La justice fonctionne et les gardes dressent les procès-verbaux: on se sert des chantiers abandonnés comme carrières ; on utilise les berges comme prés:
La dame Griblain coupe de l'herbe sur le franc-bord du canal et y mène son bourrique tout de poil gris de souris qui pâturait aussi dans les francs-bords du canal".
Par delà la palissade les voies de l’évolution de la cité d’Anne Marzin et de François Morin

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